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Une matinée comme une autre ?

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Fille du Général

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MessageSujet: Une matinée comme une autre ? Mer 20 Mai 2015 - 18:26


~ 4 Rosendas 1248

Les jours passent et, avec eux, l'espoir s'amenuise en son sein. Papa ne changera sans doute pas d'avis à présent ; sa fichue mise en scène n'a servi à rien.
Clara s'ennuie, désespère davantage. Elle soupire, gigote dans le fauteuil où elle a trouvé refuge. Ses poings se serrent et se desserrent tandis qu'elle fixe le plafond qu'elle ne connait que trop bien. Chaque aspérité de la surface lui est familière : le temps passé à tourner en rond dans ses appartements est trop important pour que ce ne soit pas le cas.
Nourrice l'a sacrément admonestée le lendemain de la scène avec son père dans la salle commune et depuis est d'une humeur de chien affamé.
Dans la pièce attenante, la servante vaque d'ailleurs actuellement en grommelant toujours. Ses dires ronchons font un bruit de fond presque agréable et rompent la monotonie de la situation. Peut-être sa gouvernante a-t-elle raison ? Peut-être la jeune fille s’y est-elle mal pris comme toujours ?  
Devrait-elle accepter de sortir à nouveau pour redonner le sourire à sa mère de substitution ? Non. Père croirait qu'elle a alors changé d'avis, encore. Elle ne peut pas se le permettre. Faut-il alors commencer à préparer son voyage ? Son cœur se serre. Y en a-t-il besoin ? Ne suffit-il pas d'attendre qu'Hektor soit à nouveau sur les routes, prendre un cheval, des provisions et fuir ? Elle sait déjà où se rendre, approximativement, puisqu'il n'aura pas le temps de la rechercher et se promet de ne jamais revenir sur ses pas avec difficulté. Nourrice sera folle de rage et d'inquiétude quand elle s’apercevra que sa doucette s'est fait la malle. Mais cela a-t-il une quelconque importance ?

L'on toque. La demoiselle dresse l'oreille, mais ne bouge pas. Est-ce encore une servante qui va tenter de la convaincre qu'elle se conduit comme une gosse égoïste ? Non. La voix qui s'entretient à présent avec celle de nourrice, elle la connait, c'est celle d'Aksel, l'homme de main de Père. Vient-il pour l'engueuler, lui aussi, ou porter des nouvelles du général ? Elle soupire. La patience n'est pas son fort et ne l'a jamais été, la situation actuelle lui déplait autant qu'aux autres et elle est pressée que cela se termine d'une manière ou d'une autre.
Le ton monte un peu à l'entrée de ses appartements puis la porte claque. Les doigts de la jeune fille entament un ballet indécis sur un accoudoir. La matrone revient auprès de sa protégée et la couve d'un air mi-inquiet mi-colérique avant de faire demi-tour.

" Aksel veut te voir, Clara. Je lui ai dis que tu lui ouvrirais si tu veux lui parler. "

La dite Clara se redresse lentement, fait un pas vers la porte. S'arrête. Elle tergiverse avec elle-même. Cela fait bien longtemps qu'aucun homme, pas même Père, n'a franchi le seuil de sa chambre : c'est son sanctuaire. Doit-elle rompre ce cycle de paix ? Non. Si. Elle ne sait pas. Si le militaire vient pour lui remettre soit-disant les idées en place, elle sait qu'elle regrettera de lui avoir ouvert. Mais l'espoir d'avoir peut-être des nouvelles fraiches de son soldat de géniteur et sa curiosité naturelle la font rapidement reprendre sa marche.

Elle tourne la poignée, dévisage l'homme resté derrière l'entrée et, d'un signe de tête, l'incite à pénétrer dans ses appartements, aux aguets. Il obéit en parfait petit jouet de plomb, la salue et la fixe de ce regard qu'elle déteste. C'est le même que celui qu'a Hektor bien trop souvent : trop vague, trop grave, il n'exprime rien et tout à la fois. Combien de fois a-t-elle cru lire mille reproches dedans ?

Son interlocuteur laisse un silence et finit par avouer le but de sa visite sobrement. Pas une émotion ne s'entend dans la voix grave.

" Il a accepté. Demain, à l'extérieur de la ville. Près de l'orée de la foret, au lever du soleil. "

La jeune fille sourit, heureuse, incrédule, dévoile ses dents blanches. Une joie inespérée se lit même soudainement dans son regard grâce à l'annonce de la nouvelle. Elle se retient de sauter au cou du porteur de message, oublie déjà qu'elle a hésité à le laisser entrer dans son gynécée.
Elle ne l'aime pas vraiment, le second de père : en temps normal, elle préfère même éviter le trop austère homme, mais les temps sont loin d'être normaux.

" Merci Aksel ! "

Répond elle avec un soulagement évident. L'homme secoue la tête et prend congé en soupirant, bienheureux sans doute de fuir le caractère de cochon des deux femmes présentes.

" Ne me remerciez pas. "

Elle hésite à sautiller dans tous les sens dès qu'il a disparu, mais court finalement à sa fenêtre. Père est-il en vue ? Son regard avide le cherche joyeusement dans le paysage.
Comme elle lui a promis, elle a fui les agapes cette dernière semaine et n'est en prime pas sortie une seule fois de sa chambre. L’extérieur lui manque terriblement, mais peut-être guère autant que le fait de voir son parent ou d'entendre sa voix. Son ventre gargouille, lui rappelle que, de plus, les collations qu'on lui amène sur un plateau ne valent pas celles servies dans la grande salle. Mais rien de tout cela n'est important, là, maintenant, tout de suite. Père a accepté son duel et son cœur danse la gigue.

La demoiselle porte une main distraite aux carreaux, cherche à toucher l'une des formes affairées qu'elle perçoit au loin. Son regard s'adoucit.
La guerre, cette foutue guerre dont même nourrice parle trop occupe sans doute tout l'esprit et les gestes de son général de père. Tout le monde n'a qu'elle aux lèvres, pourquoi ferait-il exception ?
Peut-être repartira-t-il d'ailleurs juste après leur combat pour en mener d'autres plus importants à son regard d'homme martial, mais quand reviendra-t-il seulement cette fois si les conflits se poursuivent ? Elle regrette de ne pas le savoir. Il y a tant de choses qu'elle voudrait lui demander, tellement d'évènements qu'elle voudrait lui expliquer. Malheureusement tout avec lui parait formidablement compliqué et demande un temps fou qu'ils n'ont jamais.
Pour preuve, il n'a sans doute toujours pas compris ce qu'elle voulait dire lors de leur dernière rencontre. Encore.

" Tu comprends que je suis un soldat, Clara ? N’est-ce pas ? "

Les mots résonnent à nouveau à ses oreilles. Bien sûr qu'elle sait qu'il est un membre de l'armée, comment pourrait-elle seulement l'oublier quand son métier le fait disparaitre trop souvent ? Le bout de ses doigts caresse tendrement la vitre, rêveur, puis retombe dans le vide.
Mais ce n'est pas de l'homme trop discipliné dont elle a besoin. Celui là, elle le laisse aux troupes qui doivent aller combattre au sud avec plaisir. Elle veut tirer des enseignements du guerrier solitaire en lui, pas de l'être trop bien formé à obéir ou se faire obéir. Elle n'en n'a rien à faire, elle, de la camaraderie, du respect des ordres ou des autres valeurs du genre. Elle veut apprendre à se battre mieux, seulement, à ne plus dépendre d'autrui.
Elle ne veut plus se sentir perdue, désorientée. Mais le général a dit "oui" à son défi, alors qu'importe. Tous ses problèmes finiront demain, n'est-ce pas, dans tous les cas ?

" Tu me manques, papa. "

Chuchote-t-elle au vent, incapable de tenir plus longtemps en place.
Elle ne songe pas au fait que si il gagne, elle s'est engagée à se plier à l'un de ses souhaits. Elle ne réfléchit pas non plus à la possibilité que leur combat se déroule mal. Elle va remporter leur face-à-face et tout ira pour le mieux, elle en est sûre. Ne l'a-t-elle pas déjà gagné, en fait, d'un coté ? Pour mettre toutes les chances de son coté, la jeune fille se détourne de son poste d'observation et se précipite finalement sur sa dague pour s'entrainer encore, surexcitée.
Elle ne perçoit pas le regard désapprobateur de Nourrice qui ne s'est pas esquivée et oublie jusque sa présence.


~ 5 Rosendas 1248

La nuit a été calme ; trop fatiguée pour quoi que ce soit, même cauchemarder, la gracile Arnstven n'a pas eu à déplorer de nouvelles cicatrices, mais ses dernières marques n'ont pas encore guéri totalement non plus.
Les cheveux attachés en un chignon lâche, elle vérifie sa tenue à présent en silence, concentrée. La chemise à haut col est bien boutonnée et ne gênera pas ses mouvements. Le pantalon n'est pas trop serré, peut-être même un peu trop flottant. Mais au moins ne frottera-t-il pas trop contre ses cuisses. Les bottes ne lui font pas mal aux pieds.  Elle hésite à prendre une paire de gants. L'idée de se présenter à l’extérieur avec un bout de peau nue l'effraie et la force à en enfiler. Ses doigts tremblent d'excitation tandis qu'elle les recouvre.

Satisfaite, enfin, incapable d'avaler quoi que ce soit malgré le fumet doucereux que dégage le plateau que Nourrice lui a apporté, elle offre à sa gouvernante un regard épanoui. La vieille femme n'a rien dit depuis qu'elle est entrée et son silence exprime à lui seul toute l'inquiétude qu'elle peut ressentir. Son bébé va se faire blesser, elle en est sûre. Est-ce cela ou le fait que ce soit le père de l'enfant lui même qui lui foute finalement une dérouillée qui l'angoisse le plus ?
La jeune fille s'approche, lève une paume gantée hésitante et effleure la joue ridée avant de s'en détourner.
Elle se saisit de sa dague, la range lentement, envahie par d'étranges émotions contradictoires et ignées. Elle est prête à rencontrer son ainé, mais, en même temps, elle commence à sacrément stresser.
L'envie de croiser le fer avec lui en particulier aiguise ses sens, la transforme en une pile électrique survoltée. L'idée de voir le général combattre de plus près l’émerveille comme la moujingue qu'elle n'a jamais cessé d'être. Cent plans et tout autant de stratégies se dessinent dans son esprit ; si père l'attaque vers le bas du ventre, à gauche - L'endroit qu'elle défend le moins : sa faiblesse la plus grosse, elle en convient - peut-elle se défendre ainsi ? Ou comme cela ? Songera-t-elle à ce coup qu'elle a travaillé comme d'habitude seule et qui ne lui parait pas mauvais ?
Mais rien que penser à faire couler le sang de son papa l'effraie déjà : il est le meilleur, il est doué et parce qu'elle l'aime, elle aura du mal à ne pas souffrir à sa place. Elle ne craint pas de finir en sang. N'a-t-elle pas l'habitude ?

Elle ferme les yeux en se dirigeant vers le seuil de la pièce. Peut-être aurait-elle dû demander une bataille à coups de poings, pour pouvoir le mettre k.o en hurlant tout ce qu'elle n'a jamais su lui dire ? Cela lui aurait évité de s'inquiéter aussi de savoir si oui ou non, elle sera capable de faire face à la tension. C'est en effet la première fois depuis... Depuis l'incident qu'elle va se battre à nouveau contre quelqu'un réellement. Et même si c'est son père, elle craint que les souvenirs ne reviennent et ne chamboulent le tout. Déjà la dague qui repose contre sa hanche lui fait horreur.
Elle jette un coup d’œil à l'objet, passe une langue agitée sur ses lèvres en sentant monter une nausée avant d’essuyer sa bouche du dos de sa main gauche.

Ses pas la mènent dans la cours d'où se dessine l’extérieur. La marche dans le petit matin l'apaise, la conforte dans la décision qu'elle n'a pas fait accepter à Hektor.
Ce duel lui est vital. Elle n'en peut plus de se cacher et de se faner comme une fleur qui manque d'eau et de soleil. Qu'importe que le monde meurt, au sud. Il est son père, avant tout, non ? Elle veut qu'il la voit, qu'il l'aide, qu'il lui explique ce qu'elle n'entend pas du haut de ses tourments. Elle a besoin qu'il lui tende une main, mais comment lui faire comprendre cela si ce matin ne suffit pas ? En lui demandant simplement ? Ne serait-ce pas faire preuve de faiblesse que de dire : " Papa, j'ai besoin d'aide. " ?
Si. Elle ne l'a plus fait depuis ses douze ou treize printemps et ne compte pas recommencer. Autant qu'il continue à la prendre, comme tous les autres, pour une enfant égoïste et trop bornée, cela vaut mieux. Mais peut-être devrait-elle aussi réfléchir à suivre l'armée à la guerre, en secret ?

La brume fraiche du petit matin, presque dissipée, enlace toujours quelque peu les éléments du décor qui l'entoure et rend son avancée plus difficile. Clara s'alentit au fur et à mesure qu'elle approche de l'endroit du rendez-vous, hume l'odeur sereine de la foret, non loin.
Elle fourre ses mains moites dans ses poches, tente de repérer les lieux de son mieux. Cet écrin de verdure, elle le connait par cœur depuis une éternité, mais elle ne l'a jamais utilisé comme scène pour une de ses bastons imaginaires : c'est trop près du château à son goût. Alors, aujourd'hui, elle se force à le percevoir avec le point de vue d'une étrangère, mais s'interrompt bien vite.

Elle s'arrête un instant, fixe devant elle un point invisible. Papa sera-t-il déjà là ? Il ne lui manque que quelques pas pour le découvrir, mais elle a peur de la réponse. Et si... Et si il ne venait finalement pas ? Et si ses foutues responsabilités l’empêchaient encore de tenir sa promesse ? Ce ne serait pas la première fois, songe-t-elle un peu rageusement. Mais peut-être la dernière.
Un goût amer se déploie sur le bout de sa langue. Partager son paternel avec toute la population Arvèles n'est décidément pas une chose facile parfois.

" Allons encore être déçue. "

Murmure-t-elle pour remonter, étrangement, son moral qui commence à trop défaillir.
Clara Ana Arnstven reprend la route en se forçant à ne pas claudiquer, pour ne pas qu'il puisse voir qu'elle n'est pas totalement guérie des blessures qu'elle lui a caché si il est déjà sur place et soupire, les mâchoires serrées.
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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Ven 22 Mai 2015 - 0:00

4 Rosendas 1248

Le Général réfléchissait. Activité rare à en croire les dires de certains. Nombreux étaient ceux qui voyaient en lui une brute épaisse, mais en cette soirée il réfléchissait. Seul dans ses grands apartements, assis dans une chaise qui aurait fait sembler n’importe quel autre homme minuscule, ses pensées divergeaient. Ils allaient des lointaines escarmouches entre ses hommes et les Récleyès, aux souvenirs distants de sa belle Laura, et de sa tendre Sarielle, à ses enfants, son cher Aldrick et … Clara. Et chaque fois que ses pensées revenaient vers celle-ci, il s’assombrissait, pourtant elles n’avaient cesse d’y retourner.

À ses côtés, le lion ailé semblait calme, mais ses yeux fixaient Hektor, comme s’il avait peur que son maître et ami disparaisse dans la nuit, ou qu’il sombre bien plus loin encore. Dehors, le ciel s’assombrissait alors que la nuit recouvrait la ville de Fèresis, et depuis des heures, le Général n’avait pas bougé. Son regard fixait l’horizon, ses paupières ne clignant que de temps à autres. Il devenait vieux. Il le savait. Il le sentait. Il se sentait de moins en moins… en vie. Et maintenant ça. À quel point cette fille pouvait être effrontée. Elle savait qu’elle n’avait que peu de chance de l’emporter sur son aîné. Il le savait aussi. Ce n’était là que l’expérience. Si le fer de sa fille avait été trempé par quelques entrainements secrets qu’elle avait voulu s’octroyé, avait-elle seulement connu de véritable combat ? Il espérait bien que non. Il ne pouvait imaginer sa belle petite Clara revenir à cet état primal qui tire les guerriers au combat, et parfois même à la tombe. Il avait perdu sa belle déjà, comment pourrait-il…

Ses pensées furent interrompues par un solide cognement à la porte. Il l’aurait reconnu parmi mille. Après tout, qui viendrait le déranger à cette heure. Qui plus est, qui oserait entrer après avoir simplement cogné ? Un homme qui n’avait aucune peur d’Hektor, et qui savait qu’il ne verrouillait jamais sa porte avant la nuit noire, un homme qui le connaissait probablement mieux que quiconque toujours en vie. Le Général tourna à peine la tête pour regarder son ami. Il ne maugréa qu’une vague salutation sans plus de considération pour celui qui endurait tous ses déboires depuis les quinze dernières années. Ce n’était pourtant pas là un manque de respect, mais lorsqu’Hektor ruminait, il était fort difficile de lui arracher plus de quelques mots de suite. Pourtant, courageux tel un chevalier, l’homme de main s’avança :

« Hektor. » Son ton était ferme. Il n’était ni empli de compassion, ni de douceur. C’était lui qui dirigeait cette conversation. Il parlerait, et Hektor écouterait. Ça ne serait pas la première fois. Peu de gens pouvaient, ou osaient, faire preuve d’autant de franchise devant un homme aussi imposant que ce vieux militaire. Ses yeux ternis par la fatigue, Hektor jeta finalement un regard à l’autre homme, et celui-ci le soutint. Ils restèrent ainsi silencieux, un instant avant que, d’un mouvement de pied, le quadragénaire pousse une chaise vers le nouvel arrivant, l’invitant finalement à s’asseoir face à lui, même si pour le moment, il s’enfermait toujours dans son mutisme. Celui-ci prit place, posant ses avant-bras sur ses cuisses, penché vers l’avant, comme si le ton était aux confidences.

« Il faut que je te parle. » Son ton était toujours aussi acerbe, prêt à remettre un vieil ami à sa place.

Il voulut offrir l’occasion à son vieil ami d’entamer le dialogue, de dire ce qui le tracassait d’abord, mais ses seules paroles furent : « Si c’est à propos de Clara, Aksel… » mais il s’interrompit car au fond il n’y avait rien de plus à dire. Ses menaces ne changeraient rien, Aksel lui dirait bien ce qu’il voudrait, maintenant qu’il avait fait l’effort de venir jusqu’ici.

« Tu sais que c’est à ce sujet. Votre duel. » Il n’y avait dans sa voix aucune teinte de mépris. Peut-être comprenait-il mieux que quiconque ce qu’elle traversait, mais jamais ils n’en avaient parlé. Son passé était un peu mystérieux, même pour ses amis. Il savait que ça travaillait Hektor. Il n’avait déjà pas vu sa fille depuis quelques jours, et même si dernièrement elle avait changé, et même si jamais elle n’avait réussi à se faire voir telle qu’elle était vraiment, sa présence lui manquait. « Ça lui ferait du bien que tu dises oui… et ça vous forcerait à passer du temps ensemble. »

« Sérieusement…? Tu veux que je passe du temps avec ma fille en lui tapant sur la gueule ? T’as de drôles d’idées toi. » Il était morose, son ton était cinglant, pourtant dès sa deuxième phrase on pouvait sentir une certaine lassitude s’installer. « De toute façon t’es tellement pas placé pour me donner des conseils parentaux. »

« Certes, mais personne ne le fera jamais. Ouvre les yeux, merde, personne te parle ! Tu leur fais peur, pis ça se calme pas du tout avec les années !  » Même si sa voix cachait un sourire, une complicité, il était très sérieux, et son regard sombre, fit prendre conscience à Hektor que pour une fois, il devrait peut-être porter attention. Ils avaient eu cette conversation si souvent, en ce mots ou d’autres, lui rappelant à quel point il était absent, un plaidoyer lui demandant de déléguer plus, de s’occuper de ses enfants, de les voir plus, et de cesser de voir les femmes derrière les enfants. « Alors, tu vas rester assis bien confortablement et écouter tonton Aksel bien comme il faut. »

Il lui fit un sourire et lui mit une bonne tape sur le genou. Ce n'était rien de plus que de la franche camaraderie entre ces deux-là. Proches comme des frères bien souvent, ils pouvaient se parler ouvertement, et c'est parce qu'il avait la confiance d'Hektor que son homme de main pu s'exprimer. « Elle t'a pas demandé un duel à mort non plus, Hektor. Elle veut que tu la remarques, que tu la regardes elle. N'importe quelle fille espère que son père la voit un jour comme une femme et Clara... tu l'as emprisonnée dans une image de petite fille... pis tu sais comme moi pourquoi t'arrives pas à la voir autrement. Ça fait presque vingt ans, tu penses pas un peu qu'il est temps de lâcher prise ? C'est vrai qu'elle ressemble à Laura mais ça sert à rien de la protéger de-même, tu vois ben qu'elle est pas heureuse ! »

Hektor reçu cette tirade avec un calme étonnant. Il se contenta d’acquiescer. Il savait tout cela, mais il voyait mal en quoi passer aux armes aiderait la situation. Il en avait parlé avec Irsan, et comme lui, il n’était pas très chaud à l’idée. Mais des trois, Aksel était peut-être le plus… humain.

« Et qu’est-ce que ça changerait que je cède à un autre de ces caprices ? De toute façon elle en a un sac plein, alors si je commence à céder… »

« Si tu commences à céder, quoi ? Qu’est-ce qui va se passer de si grave ? » Il comprit assez rapidement que ce n’était pas la bonne approche. Crier sur Hektor n’apportait jamais rien, il était plutôt têtu, si bien que certains soldats utilisaient à tout vent l’expression « borné comme un Arnstven. » Ce qui aurait très bien pu s’appliquer à Clara, en y repensant. « Écoute, Hektor. Quand t’étais gamin, comment t’extériorisait t’extériorisait ta colère ? »

« Au combat. »

« Et si t'avais pu trouver ton père, t'aurais fait quoi…? »

Le silence qui emplit la pièce ensuite sembla s’éterniser pendant des heures. Hektor se renferma dans ses pensées, détestant qu’on touche cette corde sensible. Heureusement, ceux qui en connaissaient l’existence ne s’en servaient que très rarement. Le Général s’enfila quelques verres de fort, ne s’inquiétant pas pour l’impact sur sa santé. Puis il finit par acquiescer lentement.

« Très bien. Demain matin. Loin de la ville. J’ai pas besoin d’avoir une réputation de père violent en plus. »

Aksel comprit très bien que c’était là le signe qu’il devait sortir, ainsi il s’éclipsa après avoir serré l’épaule de son ami, restant silencieux. Il espérait que celui-ci se calmerait durant la nuit, car même s’il ne le montrait pas, il sentait Hektor animé d’une fougue dangereuse. Sitôt sorti, il s’en fut pour annoncer la nouvelle à Clara.


5 Rosendas 1248

Comme d’habitude, Hektor n’avait dormi quelques heures. Seul. Il y avait si longtemps qu’il dormait seul, enfin outre ces rares nuits partagées avec une femme ou l’autre, à se perdre pendant quelques heures, à oublier le reste du monde. Mais cette nuit ne se portait pas à ce genre de folies, car oui, pour lui c’était bien là une folie. Non, il resta seul avec ce qui se rapprochait le plus d’un compagnon de vie, son fidèle Ainren, qui était couché à même le sol, près du lit. Il songeait à ses enfants, à quel point sa fille avait grandi, à quel point Aldrick était distant. Il les aimait. Comment aurait-il pu ne pas les aimer ? Il était un homme fidèle, de famille, il n’avait simplement pas le tour avec les jeunes… il comprenait… il comprenait la guerre, la politique… il pouvait décider pour les autres, alors comment pouvait-il être si inapte à prendre des décisions pour lui-même ? C’est avec un sourire amer qu’il trouva enfin le sommeil, se disant que finalement c’est plus d’un thérapeute que de conseillers dont il aurait besoin.

Bien avant le lever du soleil, il était éveillé. Ses longues années sur le terrain avaient gardé ses sens alertes et son horloge interne parfaitement synchronisée. D’un ton ferme, il avait fait mander son écuyer, pour l’aider à enfiler son imposante armure. Il n’avait certes pas la mobilité de sa fille, de cela il était certain, mais il arrivait à bouger presque parfaitement avec une armure qui aurait écrasé plus d’un homme.

Alycia était entrée dans la pièce afin d’aider son maître : elle l’aida à enfiler son armure par-dessus sa cotte de mailles, et affûta rapidement ses armes, polit le bouclier. Pour un simple duel avec sa fille qui ne servirait qu’à régler quelques problèmes familiaux, c’était peut-être trop en mettre, mais il ne partirait jamais au combat sans être prêt à toute éventualité. Ainsi, il attrapa ses sacs et sortit à la cours extérieure. Ainren vint le rejoindre en bas et ensemble ils finirent de se préparer, mettant les sacs de voyges et enfilant l’arc long d’Hektor ainsi que son carquois sur les lanières de cuir prévu à cet effet : celui-ci ne lui servirait certes pas pendant le combat, mais comment savoir si quelque sort de monstres les attaquerait en chemin. Les montagnes n’avaient jamais été sécuritaires, même si près de la ville : c’est pour cela que les murs avaient été érigés à l’origine.

Le Général se mit en route, alors que seuls quelques soldats étaient sortis pour leur ronde matinale. Peut-être certains se demanderaient-ils ce qu’il allait faire hors de la ville à cette heure, mais la plupart ignoreraient très certainement la forme qui se découpait dans la brume. Ils seraient plus intrigués de voir partir Clara, environ une heure plus tard, dans la même direction générale.

Il était arrivé au point qu’il avait choisi à l’avance, choisissant de faire un tour dans les bois pour s’assurer du calme. Pas de voyageurs, pas de monstres. Il n’y aurait que son ami, Ainren. Pas besoin d’autres témoins. Il espérait, peut-être de façon lointaine, que ça aiderait, qu’ils auraient le temps de remettre les choses en places… mais comment pourrait-il savoir ? Lorsqu’il entendit des pas, non loin, il revint vers la lisière du bois pour voir arriver sa fille. Elle semblait tant avoir changé depuis son départ, peut-être le monde l’avait-il déçue ? Pourquoi ne lui avait-il pas même posé la question ? Trop tard pour les regrets, elle arrivait. Il mit donc le pied hors du bois, l’énorme lion blanc à ses côtés. Celui-ci fit quelques pas vers la jeune femme qu’il avait aussi vue grandir, espérant peut-être quelques caresses avant que les effusions de sang ne commencent…

« Bonjour. » La voix d’Hektor était… lourde. Elle n’était pas froide, pas cinglante, seulement lourde et lasse, tout comme son regard qui s’attarda un peu trop longtemps sur la jeune femme. Était-ce une petite parcelle d’amour qu’elle avait vu lueer dans ce regard terni par les années et les nombreux deuils, comme lorsqu’elle était toute petite ? Difficile à dire, mais lorsque son père s’avança c’était d’un pas déterminé, assuré. Pensait-il même un perdre ? Concèderait-il le combat ? Non, certainement pas.

« Il semblerait que tu veuilles régler tes problèmes comme je fais. Un trait de famille indéniable. » Lui avait-il jamais parlé de sa propre famille ? De son passé ? Il n’en gardait pas souvenir… Tant pis, le temps de la discussion était passé.


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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Ven 22 Mai 2015 - 13:35

Il a mis son armure. Plus encore que sa présence, c'est la protection qui fait rater un battement au cœur de Clara. Elle prend cela comme la preuve que son père l'a prise cette fois au sérieux et l'on peut lire sur son visage un peu d'incrédulité. Ses mâchoires se décrispent. Où diable est passé le paternel qui ne l'écoute jamais ?
Mais peut-être a-t-il décidé de repartir au front du sud juste après leur affrontement ? Cela expliquerait l'arc... Non, on l'aurait prévenue, n'est-ce pas ? Nourrice ne l'aurait pas laissée partir sans rien lui dire. Qu'importe donc cette arme en trop.
- Il est là et il a mis son armure.

Des coups d’œil aux alentours lui révèlent que maître et monture sont bien venus seuls. Tant mieux. Elle fixe le visage dont elle connait chaque trait tandis que le lion vient quémander l'une de ses mains. L'enfant du général sort des doigts distraits de ses poches pour obéir à la requête silencieuse du noble monstre tout en continuant à mirer son père.

" Les parents Arvèles ne font pas des bébés Parlèms, papa. "

A peine les palabres ont-elles quitté ses lèvres qu'elle les regrette. Qu'il est facile en sa présence d'être butée et de laisser ses pensées s'envoler... Elle se mord la lèvre, reprend rapidement en oubliant toujours de le saluer ou de s'excuser. Une note d'incertitude s'entend dans son ton curieux comme si elle s'attendait à le voir se fermer davantage encore :

" Elle faisait ça aussi ? "

Sans doute parle-t-elle de leur manie de vouloir régler des problèmes en tapant sur autrui, pas de leur vilaine habitude de reprendre toujours l'autre, mais elle ne précise pas ce point-là. La main dans le pelage de la bête, elle se penche davantage vers le lion, plonge son visage dans ses poils pour éviter que le soldat ne perçoive ses traits ; à moins que ce ne soit juste pour déposer des baisers sur la brave créature. Le contact avec l'animal ne la gène pas : il n'est pas humain.

" Maman j'veux dire. "

Prononce-t-elle d'une voix étouffée vers la fin par sa position, bien consciente de déjà cumuler les bourdes malgré elle.
"Maman". Que ce mot est étrange, surtout pour désigner cette femme morte trop rapidement pour qu'elle puisse se souvenir d'elle. Laura.
Sa mère pour l'une, sa femme pour l'autre, est l'une de ces grandes inconnues connues qui se dressent entre eux. Tout ce que Clara sait sur sa génitrice ou presque, elle l'a appris par les servants. Père n'a jamais aimé parler, surtout pas d'elle et même si leur combat n'était pas sensé ramener des réponses sur ce sujet-là, la fille espère malgré tout que l'homme comprendra qu'elle veut savoir. Vraiment. N'avoir entendu que des rumeurs sur une femme ne permet pas de  se forger un véritable portrait de la dite personne et par tous les dieux, elle a le droit de connaitre sa mère au moins un peu.

Sans faire mine de se saisir de sa dague, elle continue un instant à grattouiller la créature de son papa, trouve du réconfort en plongeant et replongeant sa paume dans la fourrure qui recouvre la peau du lion. Le regard d'Hektor lui parait lourd à supporter. Devine-t-il que, dans son enfance, elle a haï l'inconnue et si proche guerrière qu'il avait épousé  ?
Elle finit par se redresser en offrant une oreille attentive à tout ce que peut dire le seul interlocuteur doué de parole qu'elle a, hésite un peu. Sa main retourne dans sa poche.
Une fois encore, elle va parler d'un sujet qui ne lui plaira pas, mais ce n'est pas comme si elle ne les enchainait pas déjà. L'enfant frissonne malgré le bon temps, résume en une phrase et un écho déformé leur semaine infernale d'une voix trop calme.

" Je veux juste que tu m'apprennes à me battre, papa. Juste me battre. "

Ce n'est pas tout, bien sûr, mais c'est la requête qu'elle avait déjà formulé lors de ce fameux diner une semaine avant. Sans doute donc est-ce son désir principal en ce moment. Cela semble lui tenir tellement à cœur qu'une expression étrange sort difficilement de sa bouche :

" S'il te plait. "

Elle laisse un silence, ne parait pas trop savoir que rajouter sans lancer sa fierté dans des orties. Finalement, la demoiselle reprend pour expliquer ce qu'elle croit savoir de la situation :

" Je sais que tu ne veux pas. "

Il n’y a pas d'amertume dans ses dires, juste une pincée d'indicible tristesse. Ce n'est qu'une affirmation, un condensé de l'un de leurs multiples conflits. Il ne l'aurait pas envoyée embêter Aksel quelques mois avant si il désirait partager cela avec sa fille unique, n'est-ce pas ? Et il ne lui aurait pas non plus fait la morale à propos des diverses valeurs de l'armée alors qu'il sait que cela ne la passionne pas... Mais comment lui faire comprendre qu'elle ne veut que lui en professeur ? D'un parce qu'il est son papa, de deux parce qu'il est le meilleur. A ses yeux du moins.
Son regard fait de lents allers-retours entre Ainren et Hektor. Une espèce de boule bizarre se forme dans sa gorge. Est-ce mal de jalouser cette énorme bestiole qui voit son parent plus souvent qu'elle ?
La jeune femme rouvre la bouche, la clôt finalement sans un mot de plus. Elle plonge davantage ses bras dans ses poches, les déforme au passage puis relève le menton, mire son père fièrement.

" Alors tu veux qu'on commence maintenant à se taper dessus ? "

Elle n'a jamais fait de vrai duel à trois sangs avec des règles précises ; elle ne sait pas trop comment cela doit se dérouler et espère qu'il va bien vouloir lui indiquer. Dans tous les cas, au moins feront-ils ainsi autre chose que s'engueuler et se faire mal involontairement...

Est-ce un mirage ou bien les lèvres de Clara tremblent-t-elles légèrement juste avant qu'un sourire bravache ne s'installe dessus, cachant toute trace d'anxiété potentielle ?

" Je ne compte pas te laisser gagner. "
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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Mar 26 Mai 2015 - 1:21

Ainren était beaucoup plus calme qu’Hektor : ami et compagnon depuis des dizaines d’années, les deux étaient très proches, mais le lion était cette étrange figure toujours calme face à ses proches, doté semblait-il d’une bien plus grande empathie que le général, toujours ses enfants l’avaient aimé. Ainsi, lorsqu’il vit Clara, il ne fit qu’un pas vers l’avant et la salua d’un petit coup de tête sur son épaule. L’énorme lion s’assit sur le sol et la laissa trouver refuge dans son impressionnante crinière, ne faisant même mine de bouger lorsque son maître lui jeta un regard lourd de sens. Ce n’était pas sa place d’intervenir, il était là pour l’un comme l’autre. Il appréciait aussi la fougue de Clara, qui lui rappelait Hektor dans sa jeunesse, ou du moins avant que le poids du pouvoir ne lui retombe dessus.

Le guerrier restait sur place, l’air de marbre alors qu’il regardait sa fille. Ce n’était pas qu’il ne ressentait rien, bien au contraire. Il ne savait simplement pas quoi faire de ces bouillonnements qu’elle ressentait et qu’elle laissait échapper comme des vagues de colères. Celles-ci le happaient de plein fouet et souvent il restait bouche bée. Comme en ce moment. Comment en si peu de temps pouvait-elle passer tous ces sujets de conversation ? C’était comme si elle les retenait depuis des années et qu’elle se laissait soudainement aller, mais chaque fois qu’ils parlaient ça finissait ainsi. Comme si elle l’accusait au fond de tous les maux de son existence ! Mais que pouvait-elle savoir ? Elle était si… ignorante. Il osait espérer qu’elle ne disait aucune de ces choses par méchanceté, que ce n’était pas dans sa nature… mais comment aurait-il pu le savoir ? Ils se connaissaient à peine.

Même s’il ressentait une certaine colère à se faire ainsi attaquer dans les derniers retranchements de sa vie privée. Laura avait laissé une marque indélébile sur sa vie. Laura était cette figure, cette ombre, qui le protégeait et l’isolait. Laura… n’était certes qu’un souvenir, mais bien plus fort que tant de réalités. « Ta mère savant quand passer aux armes et jamais elle ne les aurait levées contre son père. » Ce n’était pas ce qu’elle demandait, il le savait, mais ce reproche était ce qui lui vint en premier. Il détestait l’idée de devoir se battre contre sa fille : même avec toute son agilité, elle n’avait pas l’entraînement et si son arme se limitait qu’à une courte larme, sans moyen de défense… elle aurait probablement tôt fait de comprendre pourquoi son paternel préférait de loin l’utilisation d’un bouclier. De toute façon, sans compter le débalancement dû à la pratique ou à l’expérience, tout dans l’idée d’un duel entre un père et une fille rappelait un parricide, et ne pouvait que rendre encore plus ténues l’étendue de leur relation. Il lui avait tendu une branche d’olivier quelques mois plus tôt et encore une fois ils se retrouvaient dans cette situation. Encore une fois… un contre l’autre, à tirer sur toutes les cordes sensibles qui les retenaient à peine.

« Tu es comme elle sur bien des points : la force de caractère, l’impétuosité, l’acharnement, l’apparence, mais tu ne possèdes pas le respect, la discipline et la lucidité profonde qui faisait d’elle un excellent tacticien et une guerrière hors pair. » Son ton ne trahissait aucun reproche, mais bien certainement la jeune femme les prendrait comme une attaque, comme un affront. Elle le faisait toujours. Et c’était pour cela que depuis longtemps ils ne mentionnaient même plus le nom de la belle Laura de Fernoir.

Lentement il défit son bouclier de son dos. En d’autres circonstances, ce mouvement aurait été vif et assuré, mais il était las. Tout de ce combat l’ennuyait. Il aurait cru être bien plus fâché que simplement… ennuyé. Peut-être était-ce là un effet de l’âge. Hektor laissa glisser sur son gantelet l’imposant ornement de métal aux armoiries de la famille, mais il l’appuya sur le sol le temps de défaire la lanière de cuir qui retenait son impressionnante hache de combat. Pour peu que Clara l’ait vu se battre, elle savait qu’il avait à sa portée deux hachettes de lancer bien placée à l’intérieur du bouclier. La grande hache noire toucha aussi le sol, mais il n’était pas encore en posture de combat, il n’était pas encore prêt à bondir, mais si elle ouvrait le bal il saurait au moins répliquer.

« Tu te contredis. Si tu veux que je t’enseigne commence à faire tes preuves dans ton attitude. Tu… » Il laissa échapper un ‘tch’ comme de dégoût alors qu’il tentait de remettre ses pensées en ordre. Comment lui expliquer qu’un bon combattant ne se limitait pas à ses techniques à l’arme ou à sa simple force physique. Toute sa mentalité devait entrer au combat avec lui. Mais comment lui expliquer cela sans l’attaquer personnellement ? Difficile. Surtout pour un vieux guerrier un peu bourru : « Tu n’as pas la bonne mentalité… supposons que je décide de t’enseigner, supposons… tu ne me respectes ni comme un père ni comme un enseignant, tu fais constamment à ta tête alors je ne pense pas que ça ferait une très bonne relation… as-tu la moindre idée à quel point je savais obéir à mon maître ? Sais-tu même comment c’est… ça se bâti ces choses-là et soyons honnêtes, entre nous ça ne se bâtira pas… les fondations ne sont pas les bonnes. »

Son ton n’était pas condescendant, mais il parlait d’expérience, et ne savait trop que faire pour lui faire comprendre sans l’insulter. De toute façon, peu importe les mots qui sortiraient de sa bouche, elle prendrait toujours offense. « On peut commencer. Je ne compte pas perdre aujourd’hui. »

Soudainement, il se mit sur ses gardes : sa hache à deux côtés bien en main, son bouclier solidement attaché sur son bras. Il ressentit un serrement au cœur, il n’aimait pas ce combat, il ne voulait pas faire mal à sa fille. Il ne voulait pas se battre contre elle. Ce n’était pas une question de fierté : il ne doutait pas un moment qu’il gagnerait, même si ce combat lui demanderait ô combien plus d’effort que lorsqu’il pouvait laisser libre cours à la rage dans ses veines. Il ne voulait pas … l’écraser. Pour lui, ce seraient les derniers moments qu’ils passeraient comme père et fille, au loin, il voyait une immense fissure que même le temps ne pourrait réparer. « Viens. »


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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Mar 26 Mai 2015 - 15:33

Elle vient donc l'enfant, sans un mot de plus, le sourire disparu suite aux dires de son père. Il n’y a plus rien sur son visage qu'un air troublé quand elle sort sans geste brusque ses mains de ses poches et pose sa paume sur sa dague, le menton baissé.

Lentement, la jeune fille s'écarte d'Ainren pour tourner autour du général tel un autre félin. Ses doigts tremblent tandis qu'elle tire son épée miniature. Elle le sait, mais elle ne fait pas mine de s'en inquiéter. Peut-être est-ce un soupçon d'adrénaline ?
Ce n'est pas parce qu'il l'a écoutée qu'il a mis son armure ou accepté son duel. C'est juste pour lui faire, encore, une foutue leçon de morale. Papa n'a rien compris, comme d'habitude. Et même si elle s'était promise de faire des efforts, de lui parler, ses palabres l'ont bien trop blessée. Certains de ses reproches sont justifiés, soit, mais pour une fois, une unique fois, elle avait espéré qu'ils ne se lanceraient pas au visage tout le poison qu'ils possèdent. Était-ce vraiment trop demander ? Visiblement oui, pour leur commun caractère de cochon. Encore un trait de famille indéniable.

Elle arrête ses cercles soudainement, se met en position en appui sur la jambe droite, la jambe gauche en arrière. Clara fixe un bref instant son guerrier de père. Il est majestueux ainsi : droit, noble, fier, l'arme en main, il donne l'impression que le monde entier lui appartient. Peut-être a-t-il raison ? Non. Si. Non. Elle le respecte, plus qu'elle ne pourra jamais lui dire ou le lui montrer. Qu'il puisse penser le contraire est sans doute ce qui la mortifie le plus dans son avalanche de réprimandes. Mais comment le lui prouver ?
Elle se retient d’y songer davantage, décide d'obéir à son ordre en parfait petit soldat et s'approche de lui en bondissant presque, muette.

Une étrange passacaille débute donc alors. Les deux combattants enchainent les pas de leur danse commune en cavaliers bien mal assortis. Lui retient ses gestes, elle tente de faire de son mieux.
Sa vitesse n'est pas un atout qu'elle possède aujourd'hui, Hektor peut le percevoir rapidement : elle boite parfois quand elle recule hors de portée de sa hache ou esquisse des pas chassés pour l'atteindre sur le coté. C'est là un deuxième désavantage, en plus de son manque d’expérience plus ou moins criant et la terre lourde qui vient se coller sous ses bottes chaque fois qu'elle sautille n'arrange rien à l'affaire. Mais elle ne se plaint pas et compense une partie de ses pertes par sa volonté et ses réflexes.
Nonobstant toutes ses qualités, elle ne vaut presque rien face aux années d'habitude et la sagesse du chef de guerre qu'il est. Ses faiblesses sont trop évidentes, ses gestes pas assez travaillés.

Les lames et le bouclier s'entrechoquent encore et encore dans un silence malsain brisé uniquement par leur respiration et le bruit de ferraille. Elle parait mettre tout son âme à l'ouvrage, la fille du général : concentrée, le cœur battant à un rythme effréné sitôt leur passe d'armes commencée, elle réussit au bout de ce qui est une éternité l'unique exploit de le forcer à arrêter de ne faire que se défendre.
Parfois certains de ses coups laissent à penser qu'elle n'a pas dû se battre que contre des poupées de paille ou de bois. Les endroits qu'ils visent sont trop précis pour qu'elle ne les ait pas déjà expérimentés sur des êtres vivants.

Si elle esquive ses initiales et menues tentatives d'attaque parce qu'il les a trop retenues, il obtient tout de même au bout du compte le premier point. Elle titube, même si sa nouvelle blessure à sa hanche n'a rien de grave. Se mord la lèvre inférieure en sautant hors de portée tel un singe ensanglanté. L'assurance qu'elle a pris au fur et à mesure des echanges se teinte d'un désespoir passager qu'il n'entendra sans doute pas.
Elle ne gagnera pas. Elle en a pris conscience. Il ne l'a même pas questionnée sur pourquoi elle désirait devenir son élève et elle s’essouffle sans réussir à égratigner sa si jolie armure. Elle va devoir admettre sa défaite sur les deux tableaux. Pourquoi ?

Sa main libre qui servait de poids dans son dos vient se porter sur le trou de sa chemise, mais retrouve rapidement la route du creux de ses reins.
Elle ne dit rien. Pas même un gémissement ne sort de sa gorge malgré la nausée qui remonte le long de son estomac et l'enfant indomptable relance leur ballet potentiellement mortel aussi vite qu'elle l'avait arrêté. En quelques pas aériens, la revoilà au corps-à-corps, ses attaques se font plus rapides encore, mais aussi plus floues.
Elle a déjà perdu. Ou peut-être pas, mais son manque de connaissances en matière de combat la fait s'épuiser trop vite.
Tout à coup, une idée fuse dans sa caboche, ramène une énergie inattendue dans ses gestes. Il ne lui a pas dicté de règles, il n'a pas dit un mot à ce sujet. L'emploi de sa vérité est donc autorisé.

Elle ne prête aucune attention à ses cuisses qui la tiraillent ou à sa hanche dont la douleur fantôme subsiste. Sans doute s'est-elle ré-ouvert des blessures, mais elle s'en fiche. Leur tango seul l'intéresse et son manque de possibilités. Leur danse est si délicieuse et si douloureuse...

Tout en continuant à distraire son père par quelques attaques, l'impulsive demoiselle se concentre davantage sur sa hache. Son bras gauche revient se plier à moitié sur son coté. La lame s'approche, Clara retient son souffle dès qu'elle la voit débuter le mouvement qu'elle attendait. Elle connait sa trajectoire, il l'a déjà utilisé. Elle sait où l'attendre : à quelques centimètres à peine de sa peau trop tendre. Si elle ne se trompe pas, il vise le coté du haut de sa jambe gauche justement.
Ses doigts inutiles patientent impatiemment que l'objet meurtrier rejoigne presque de sa cible. Elle ne pare pas, volontairement et ne s’apprête pas même à esquiver en urgence. Elle ne peut pas se permettre d'opposer sa dague : il n’y a pas la place et le combattant qu'il est enlèverait alors trop vite son arme pour qu'elle puisse la toucher. Quand à l'esquiver... Cela sera inutile. L'adrénaline la fait frissonner, la joie et le plaisir de combattre sans règles reviennent, à maigre dose.
Sa chair se pose sur le plat de la hache, accompagne et accélère son mouvement chirurgical quelques instants à peine. Deux secondes. Deux petites secondes qui devraient lui suffire pour déclencher sa vérité et détruire leurs deux armes. Deux minuscules secondes pour les forcer à ne plus se comporter comme des étrangers, l'un comme l'autre.

...

Le bruit que fait sa dague qui aurait dû être à présent rouillée en tombant n'est camouflé par rien. L'air prisonnier dans ses poumons s'échappe en un hoquet étrange sous le coup de bouclier que son père lui lance. Ses yeux agrandis se remplissent de pleurs, son front se plisse ; plaquée au sol, elle a drôlement mal et sa respiration se bloque cette fois involontairement.
Le regard qu'elle dirige vers Hektor ne fait état d'aucun reproche, il n’y a que de l'incompréhension, de l'incrédulité et une bonne dose de souffrance. Sa vérité n'a pas fonctionné et le coup qu'il lui a porté en réponse a été un peu trop puissant.
Elle se maudit mille fois en gémissant, sonnée. Les mots articulés par son papa, si il en prononce, ne sont pas écoutés le temps que sa vue ne soit plus celle d'un être ivre mort et que ses oreilles arrêtent de bourdonner.

Sa vérité n'a pas fonctionné et le duel est terminé sans qu'elle ait pu défendre son point de vue. Par tous les dieux qu'elle a mal. Et qu'elle...
Dès qu'il la relâche, le corps de Clara parait soudainement agité de soubresauts et la femme a à peine le temps de se redresser comme si elle allait faire des pompes ou prier que son estomac relâche toute la bile qu'il contient sur le sol. Sa respiration revenue et chaotique met du temps à retrouver un rythme à peu près normal, moins sifflant.

C'est en s’asseyant à qui mieux mieux et en s’essuyant en tremblotant les lèvres du dos de sa main droite qu'elle s’aperçoit que le haut de ses cuisses s'est lui aussi taché de sang. Il a gagné, avec uniquement un point. Ou deux ; il l'a touchée, encore, elle le perçoit : ce ne sont pas que ses cicatrices qui sont responsables de cet afflux de couleur. Ni de la sensation diffuse que sa jambe s'engourdit.

Et Clara tente de se relever sans aide, titubant comme un homme qui a trop bu et coupant son père si il continue de l'engueuler.

" Je voulais juste que tu m'apprennes à me défendre. "

Entend-il seulement ce qu'elle marmonne d'une voix trop rauque ? C'est pourtant ce qui ressemble le plus à une confession, à une explication de ses gestes un peu trop désespérés dernièrement. Il n’y a pas d’agressivité dans son ton quand lui échappe la suite :

" A ne plus rien perdre. "

Le regard trop pâle vient chercher celui de son général de père quelques secondes. Elle n'a pas le droit de pleurer, estime-t-elle, alors elle retient ses larmes de son mieux, sans faire un seul pas vers sa dague. Il ne comprendra pas. Encore.

Elle a eu son foutu duel et elle a tout perdu. Même sa vérité, visiblement.
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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Jeu 28 Mai 2015 - 0:58

Le petit matin est encore heureusement frais, mais dans son armure imposante, le Général a chaud. Il sait bien qu’aucune parole ne convaincra plus sa fille de changer d’avis. Bornée comme sa mère. Cette même mère qui des années plus tôt avait refusé d’obtempérer dans sa fureur de suivre les Liares, et le souvenir amer d’où cela l’avait menée teintait encore le quotidien de la famille Arnstven. Ainsi, il la laissa s’approcher de lui, alors qu’il se tenait telle une statue. Il la suivait du regard, un regard lourd de sens. Même si c’était elle qui faisait les cent pas, elle était bel et bien la proie. Elle attaquerait certainement, comme un chaton essaie de blesser l’humain. Peut-être réussirait-elle à lui faire mal, peut-être son arme transpercerait-elle l’armure dans les parties les plus douces, mais peu importe ce qui se passerait, elle comprendrait des choses : qu’un guerrier n’est pas seulement l’arme et les coups qu’il porte, que le respect est une monnaie qui s’acquiert, qu’un simple défit ne réparerait pas des années de bêtises, que ce coup de tête serait au mieux un appel de détresse, et au pire son pied hors de la maison paternelle.

Hektor la regardait bouger. Même si elle le croirait difficilement, il l’avait vu s’entraîner auparavant. Il savait qu’elle pouvait infiniment plus, qu’elle avait normalement l’agilité d’un chat et qu’elle n’aurait pas hésité une seule seconde à bondir. Lorsqu’elle fonça enfin sur lui, il para de son bouclier et fit un demi-tour sur lui-même, comme pour la propulser plus loin. Il ne dit rien, mais dans son regard elle put clairement discerner ce mot qu’il répétait sans cesse à ses élèves : « Encore ! » Il n’avait pas besoin de le dire. Si pour elle, c’était un duel, elle pouvait comprendre qu’il analysait chacun de ses mouvements, mais dans quel but ? La critiquer, certainement… Ne le faisait-il pas tout le temps…? C’était la première fois que père et fille croisaient le fer, peut-être serait-ce la dernière, mais il ne faisait rien pour qu’elle ne se sente pas à la hauteur. Sa posture était toujours défensive, son bouclier bien haut, sa hache bien balancée dans sa main experte, et ses pas étaient calculés. Il soupesait sa hache comme en se demandant comment il ferait pour ne pas la blesser avec une telle arme. En prendre une autre aurait certainement insulté sa fille, mais prendre celle-ci lui compliquait la vie. Il jeta un court coup d’œil vers ses hachettes de combat : il ne suffisait que d’une pensée distante pour qu’elles volent à sa rescousse, mais il se battrait comme un vrai, sans recours à de mystiques pouvoirs.

La danse sembla s’éterniser, alors que sa fille enchaînait successivement des coups maladroits, heureusement elle reprit sur elle et gagna en assurance et ses coups se firent rapidement plus précis. Il sentit la dague se piquer dans les écailles de son armure à quelques reprise, mais elle n’avait ni la force, ni la précision exacte pour les pénétrer, et elle ne réussit à obtenir un point. Jugeant qu’il l’avait laissée faire assez longtemps, l’homme passa à l’attaque. Il ne passerait pas sa matinée à se chamailler avec sa fille hors des murs de la ville. D’un mouvement leste mais contrôlé, il l’attaqua, frappant d’abord avec le plat de l’arme avant de reprendre des gestes un peu plus assuré, visant des points non-vitaux. Elle ignore encore à quel point il serait facile de faire un arc long de toute sa force et de lui ouvrir le ventre (non pas qu’il se plut un instant à penser ce genre de choses) mais contrôler ses mouvements était difficile pour un homme qui laissait aller au combat toute la rage qui l’habitait normalement. Il réussit néanmoins à lui faire une entaille superficielle au niveau de la hanche. Plus que deux et toute cette mascarade serait terminée.

Même s’il n’était pas le plus futé des hommes sur tous les points, le général reconnut aisément ce fourmillement sur sa nuque lorsque sa fille posa sa main sur la lame noire. Forgée de cristal comme d’acier, celle-ci était résistante et ne plierait pas aisément sous cet assaut, mais ce n’était pas la pensée qui traversa l’esprit aguerri d’Hektor. Il perdit la carte un court instant et laissa échapper un rugissement alors qu’il fit un arc de son bras sur lequel était solidement attaché son bouclier. Il poussa avec ses jambes alors que l’imposante planche de métal ornée d’un magnifique lion s’écrasait sur le haut du corps et le visage de la jeune fille, la propulsant au sol. Il ne prit conscience de son geste que lorsqu’il la vit y gésir.

Il réussit aisément à lire son regard, et le sien devait être aussi surchargé d’émotions, car il était lui-même étouffé par la surprise de ce qu’il venait de faire. Jamais il n’avait levé la main sur sa fille (peut-être aurait-il dû?) et la voir ainsi lui fendit le cœur. Ce n’était pas un entraînement, ce n’était pas ce genre de combat, et même s’il avait gagné, il n’en ressentait aucune fierté. Elle croirait sûrement qu’il n’avait rien compris, mais il avait bien entendu son appel de détresse. Il comprenait ce qu’elle voulait, et tout cela n’avait pas à durer, c’était simplement si dur de se comprendre. C’était comme si père et fille venaient de deux mondes différents, et pourtant… les ressemblances étaient bien normales.

Considérant, tout comme elle, ce combat comme bien terminé, il pose un genou à ses côtés et laisse glisser sa hache sur le sol. Il la regarde de ses yeux sombres, bleus, son regard bien plus embrumé de tristesse que de colère. Étrangement, il tend la main, comme pour tasser les cheveux de devant son visage et voir l’étendu des dommages, mais c’est à cet instant qu’elle se retourne alors il se contente de poser sa main gantelée dans le dos de sa fille.

Lorsqu’elle fait l’effort de se relever, il la laisse faire : seule, comme une guerrière. Est-ce là une marque de respect ou de condescendance ? Difficile à dire. Il n’en reste pas moins que d’un mouvement assuré, il se relève et défait les boucles de cuir retenant l’imposant bouclier de fer noir. Puis il la détaille de la tête aux pieds. Il remarque ces blessures, il a remarqué son pas incertain, il sait que quelque chose se passe mais sans une sérieuse conversation, il ne pourrait comprendre. Il ne comprenait pas sa fille. Elle venait comme… d’ailleurs.

Le silence s’allonge, son silence s’allonge. Il fait quelques pas assurés et se penche pour prendre la dague que tenait sa fille. Elle semble si minuscule entre ses doigts, à croire que même plantée dans son torse, elle ne trouverait jamais son cœur.

« Je ne t’apprendrai pas à te battre avec ce coutelet c’est certain. » Hektor soupira doucement et tourna lentement la tête pour la regarder. « Clara. Je sais pas ce qui s’est passé… mais si c’est ce que tu veux… tu vas devoir apprendre que de savoir faire des moulinets avec une arme a aucune valeur sans la discipline et la mentalité qui accompagne ce choix… sinon… c’est la rage qui va te consumer. »

Il soupira doucement et s’approcha, lui tendant le manche de la petite dague, qui pouvait entièrement entrer dans sa large patte. « Tu vaux plus que le crédit que tu te donnes, mais ton esprit est pas à la bonne place… la guerre c’est dégueulasse… c’est vers ça que je veux pas t’entraîner. »


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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Ven 29 Mai 2015 - 1:07

Elle... Rêve ? C'est impossible autrement, n'est-ce pas ? Elle doit songer, téléportée dans un monde chimérique. Oui, ce doit être ça : il n’y a pas d'autre explication possible aux réactions de son père. La main dans le dos -même malvenue-, ce regard trop doux puis, enfin, ces propos sans jugement trop sec ne peuvent pas faire partie de la réalité. Ce n'est pas son papa qui se tient là, la dague tendue en un geste de paix, mais un fantôme : le fruit de son imagination. Elle s'est pris un coup de trop, ou ne s'est juste pas relevée après le dernier dont elle se souvient. Ou alors elle est juste trop crevée et ses sens lui jouent des tours : la tension dans ses bras prouve qu'elle ne dirait pas non à une sieste à rallonge malgré l'heure.
A quand remonte leur dernière discussion sans que l'un ou l'autre ne sorte ses griffes comme des chatons trop patauds ? Dix ans ? Quand elle espérait un jour devenir comme lui ? Elle n'arrive pas à se souvenir de cette époque, mais prie pour ne pas se réveiller trop vite ou ne pas tomber dans un cauchemar. Elle veut savoir ce qui se passera ensuite, si ils se comportent tous deux comme deux adultes civilisés.
Hektor parait accepter à demi-mots sa requête alors qu'elle a perdu et l'enfant paumée est devenue muette de stupeur.

C'est en passant la langue sur sa lèvre supérieure qu'elle se rend compte que tout cela est bien réel et qu'elle n'est pas plongée dans un fantasme trop beau pour être vrai. Son nez saigne un peu ; elle ne l'avait pas remarqué jusqu'à ce que le liquide au goût connu chatouille trop sa bouche. Le mélange sang - bile est dégueulasse. Le coup de bouclier, d'un coté, a été tellement violent qu'il est possible qu'elle ait aussi un gros bleu sur la joue droite et quelques côtes en mauvais état. Sa vérité a vraiment foutu le camps. Ils se sont battus. Papa se conduit comme un extraterrestre. Comme elle le voulait. Il l'a même... Complimentée ? Il n'a pas dit qu'elle l'avait déçue.
Elle fixe le général comme si elle le percevait pour la première fois de sa vie, toujours sans rien dire. Clara se retrouve incapable de se montrer bornée et butée alors que l'un de ses espoirs est devenu réalité et qu'un autre est en bonne voie. L'envie de courir se réfugier dans les bras de l'homme à la carrure de Tolv, malgré sa patte folle et le fait qu'elle ne sache toujours pas si oui ou non le sol est très droit ou encore si elle récupérera une vraie respiration un jour, s'insinue rapidement en elle. Mais peut-être ne devrait-elle pas bouger ou même éviter de respirer, dès fois qu'il change d'avis ? Non. Il va la prendre pour une dingue. Tout comme si elle prend l'initiative d'un câlin.

Sans quitter son paternel du regard, elle se rapproche davantage de lui à son tour en clopinant. Elle ne va pas tenir longtemps debout, mais cela a-t-il une quelconque importance ? Il propose une trêve qu'elle ne veut que trop. Un temps mort, hors de la ville, hors de leur quotidien. Alors elle confirme, simplement son souhait.

" Je ne veux pas apprendre la guerre non plus, papa. "


Les mots ont du mal à s'élever. Elle parle trop bas encore, bafouille un peu. Sa respiration est toujours sifflante, mais elle ne le remarque pas. Trop fatiguée par leur guéguerre, interloquée par Hektor, elle ne voit plus rien que ses gestes, son visage. Le géant se montre humain : c'est tellement étrange. Presque terrifiant. Et si des larmes coulent finalement sur ses joues, c'est uniquement parce qu'elle n'a plus assez de concentration pour les retenir.
Par tous les dieux, qu'elle a mal. Si il n'avait pas agi ainsi, si il n'avait pas parlé comme cela, sans doute aurait-elle déjà fui pour aller lécher ses blessures comme un félin. Loin de tout. Loin de lui. Surtout de lui. Elle se serait soignée en crachant tout le venin qui semble avoir disparu de sa bouche.

Le silence qui s'installe cette fois est bien plus doux. Les doigts de Clara effleurent avec appréhension la garde de la dague. Elle referme les lèvres, déglutit avant de prendre enfin l'arme si il la lui laisse. Avec des gestes empruntés, la jeune fille glisse la lame dans son fourreau. Ses yeux suivent les mouvements de sa main, ailleurs.
Sa paume fuit vite, loin de ce morceau de ferraille qui la débecte. Heureusement que son estomac est vide. Son menton se relève. Elle tente de camoufler une grimace de douleur, sans trop de succès. La gorge nouée, comme si un morceau du bouclier s'était logé dedans, la fille se fait trop sérieuse pour son état, prête à mille concessions pour qu'il ne la blesse pas à nouveau avec les dires qui ont précédé leur combat.

" J'apprendrai la discipline. Je te le promet. Quoi que cela me coûte. Et même si la rage a du bon parfois. "


Elle ne l'a pas touché une seule fois, elle qui était si fière de ses entrainements secrets et de cette lame faite malgré lui ; la seule qu'elle possède, qui soit bien à elle et non pas à son père ou un soldat. Son général de père est bien trop doué, comme dans ses souvenirs, ou elle est bien mauvaise. Elle ne sait pas. Dans tous les cas, elle veut s'améliorer, quel-qu’en soit le prix, tant que ce n'est pas sa liberté.

Le reste de ses propos est balbutié, incertain. Tous les beaux discours qu'elle avait répété pour en cas de victoire ne lui servent à rien. Parler avec son père n'a jamais été dans ses compétences et il mérite une réponse franche. Elle n'a pas remporté leur face-à-face.


" Mais je veux juste pouvoir me balader seule, tu... Tu comprends ? Sans escorte. Qu'importe si je dois aller râler auprès de tous les forgerons de la ville pour qu'ils me fassent une arme qui te convienne. "


Elle ne sait plus quoi faire de ses mains inutiles. Pour éviter de jouer à la petite fille, sans doute, voilà qu'elle les croise, les décroise encore.
L'enfant ferme les yeux, les rouvre, fixe le bouclier de son géniteur. Il a fait un geste vers elle. Et elle... Elle ne sait pas quoi dire. Pas quoi faire pour lui faire comprendre qu'elle a adoré. Que le simple fait qu'il ne la considère pas, là maintenant tout de suite, comme la simple faiseuse de troubles qu'elle est, le soldat raté qu'elle ne sera jamais lui fait du bien. Un bien fou. Même si pour ça il a fallu qu'il lui arrache presque la tête et que son corps lui crie d'aller se reposer tout de suite avant de s'évanouir.
Aussi se sent-elle un peu coupable quand elle rajoute :

" Il n’y a pas que la guerre qui soit dégueulasse, tu sais. Et tu... Tu n'es pas capable de me protéger de tout, surtout quand tu n'es pas avec moi. Alors si tu ne m'apprends pas à le faire toute seule, je ne vois pas qui pourrait s'atteler à cette tache, papa. "
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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Lun 1 Juin 2015 - 1:00

Le comportement du Général face à sa fille unique aurait pu lui sembler étrange, déplacé, comme si, à un moment lors du combat, il avait été remplacé par un autre. Peut-être ce changement, visible bien que subtil, eut été causé parce que pour la première fois il avait aperçu la nature guerrière de Clara. Il lui eut semblé qu’elle prenait un malin plaisir à cacher ce qu’elle était vraiment derrière caprices et luxes. Avait-elle la moindre idée des sacrifices que son père avait dû faire pour « l’enfermer dans cette prison dorée ? », car c’était bien cela ce qu’elle pensait… être une princesse, prisonnière, sous le joug de son père, entre les imposants murs de pierre de la capitale. Des caprices d’enfant gâtée. Pourtant, aujourd’hui, pendant l’espace d’un instant, il l’avait vu telle qu’elle était. Quelque part au fond de cette nature qui devait bien certainement la protéger, se cachait une âme furieuse qui portait le courroux du guerrier. Et pour la première fois, son père l’avait vu. Il s’était reconnu en elle. Même si elle l’aurait certainement blâmé de ne voir ce côté d’elle parce qu’il était toujours absent, la réalité n’était pas aussi simple. S’il ne se mêlait pas directement des affaires de sa fille, il était toujours cette montagne au loin, bienveillante et inquiétante, au regard sombre mais aimant, qui l’oppressait mais la protégeait. Cette relation ambiguë de distance et de proximité, ce ballet de blâmes et d’appréciation, ils ne les connaissaient que trop bien.

Mais tout cela n’avait duré qu’un instant. Alors qu’il se tenait face à elle, bien droit, l’air froid et sérieux, il était redevenu ce Général autant craint qu’apprécié. Son regard était dur, même si une partie de lui ressentait une certaine douleur à l’idée d’avoir fait mal à sa fille. Son nez saignait un peu, et elle titubait encore un peu sous l’impact du coup de bouclier qu’il lui avait asséné. Il ne l’en blâmait pas, des hommes bien plus costauds étaient tombés sous ce genre d’attaque. Au moins, elle s’était relevée et gardait la tête haute. De cela il ne pouvait qu’être fier. Haut de ses deux mètres, il la regardait, soutenant le regard aiguisé de sa fille, voir réprobateur. Comme des dagues qui le perçaient, pourtant il ne flanchait pas.

Elle parlait tout bas, n’articulait pas. Il sentait bien que sa gorge était serrée, mais pourquoi cette peur après avoir fait tant de chemin. C’était comme si elle réalisait peu à peu ce qui venait de se passer, ce qu’elle lui demandait, au fond.

« Parle plus fort. » Son ton était sec et tranchant, impardonnable. Il voulait l’entendre, et ne voulait pas qu’elle ait honte de ses mots. Si elle choisissait cette voie, ce ne serait certainement pas dans la honte et la faiblesse. Elle devrait apprendre à assumer ses paroles, à dire ce qu’elle pensait, et à comprendre que les conséquences viendraient, qu’elle murmure ses mots ou qu’elle les crie au ciel. Rien ne lui servait plus maintenant de s’effondre en émoi et de laisse la gêne s’emparer d’elle. Au moins pendant une seconde, il était redevenu ce qu’elle détestait tant en un sens, parlant de sa vive voix tel un véritable séisme, le regard dur, les croisées. Il était à l’image de ce que représentait son titre en ce moment. Était-il encore son père derrière toute cette mascarade ? La question se posait, incidemment. Tout comme lui pouvait se demander où se cachait sa petite fille la plupart du temps.

« Tu ne comprendras jamais la discipline. J’ai bien essayé de te faire comprendre, mais tu as toujours préféré brandir tes petites épées en bois plutôt que de te demander pour quoi ou pour qui tu le faisais. » Son ton porte peut-être un peu de reproches, mais il y avait si longtemps qu’ils n’avaient pas ainsi joué. Peut-être avait-elle six ou sept ans la dernière fois. C’était au moment où il avait finalement commencé à accepter la mort de Laura, comme s'il sortait d'une longue hibernation. Malheureusement ces courts instants de bonheur étaient trop peu nombreux, et il avait recommencé à sombrer bien trop tôt.

Le silence semblait s’éterniser alors que Marìan pensait. Comme pour se donner le temps de penser, il fit le tour de la jeune femme, l’observant de la tête aux pieds. Elle s’était entraînée par elle-même, mais elle ne possédait pas une technique très sûre. Connaissait-elle seulement le temps que pouvait investir un guerrier dans son entraînement, pour garder sa force, ses réflexes, sa vitalité…? Même Hektor, qui avait bien d’autres obligations, n’avait autre choix que d’y passer plusieurs heures par jour. Sinon tout se perdait rapidement. Était-ce un engagement qu’elle saurait prendre ? Il n’en savait rien, mais songea un instant que s’il n’obtempérait pas cette fois, jamais plus elle ne le lui redemanderait. N’avait-il pas amené L’idée lui-même l’année précédente? Ne l’avait-elle pas repoussée à ce moment ? La discipline qu’il exigeait n’était-elle pas pour elle un autre de de ces barreaux qui la gardaient en cage ? Il soupira et la détailla. Elle semblait solide sur ses pieds, et bien en forme pour une jeune fille qui aurait pu passer ses longues journées sans obligations à ne se faire bien traiter par les autres. Il finit son tour complet avant de venir se poster face à elle. La nervosité l’étouffait toujours, mais elle avait osé parler.

« Donc tu veux seulement apprendre à te défendre ? Je suppose dans ce cas-là que tu t’en sortiras mieux avec tes petits couteaux... mais je pourrais te trouver un enseignant pas mal plus qualifiés pour ça. » Il marqua une pause, comme s’il soupesait ses mots. Il savait que cela n’avait aucun sens : il ne voulait lui apprendre à tuer, il avait appris bien trop jeune et les douleurs passées étaient encore gravées dans le sang écarlate de ses victimes ; mais de l’autre côté, il en voyait la nécessité pourtant si jamais elle ne comptait aller sur un champ de bataille, à quoi lui serviraient les armes plus lourdes ? « Je sais que les Hommes sont terribles, Clara. »

Il ne savait pas ce qu’il s’était passé ? Comment aurait-il pu ? Mais il savait qu’elle avait changé, et ce genre de douleur, ce genre de changement était trop souvent causé par une autre personne. Il ne lui demanda pas les détails. Il ne lui demanda pas de s’expliquer. Peut-être n’attendait-elle que cela, mais il ne pouvait le savoir. « Dis-moi… qu’est-ce que tu espères vraiment ? Je veux dire… qu’est-ce que tu crois être ‘ta voie’ ? » Son chemin n’était pas tracé, quelle voit voulait-elle vraiment prendre ? En avaient-ils jamais discuté… ? Non, pas de ses souvenirs… si elle avait voulu joindre l’armée, elle l’aurait déjà fait, alors quoi…?

Certains auraient trouvé ce moment étrange pour discuter de ce genre de choses. Un père digne de ce nom n’aurait certes jamais accepté ce duel, mais outre cela, il se serait dépêcher pour prodiguer à sa fille les soins nécessaires. Mais pas Hektor. Il restait là, à la regarder saigner, pensif. Elle n’en mourrait pas. Quelques cicatrices de plus ne la rendraient que plus forte. Un autre père se serait inquiété de sa santé. Plus tard, il lui aurait parlé de toutes ces questions qui lui traversaient l’esprit, mais peut-être les deux ne se parleraient-ils pas, plus tard… Hektor pouvait passer des semaines sans voir sa fille. Aussi bien régler ça ici, maintenant, loin des oreilles indiscrètes, en un moment qui lui semblait plus propice, où elle semblait plus encline à parler ouvertement et franchement, sans se cacher derrière sa carapace d’enfant gâtée. Peut-être ne répondrait-elle pas, peut-être ne comprendrait-elle pas… mais contrairement à elle, il n’avait pas peur d’annoncer clairement ses couleurs.


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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Lun 1 Juin 2015 - 20:36

Elle remet finalement ses mains dans ses poches, serre ses poings, en partie boudeuse. Toute trace de culpabilité disparait.
Ce n'était bien qu'un rêve qui s'est évaporé : papa est déjà redevenu le Tolv qui hurle des ordres.
Parles plus fort, Clara. Lèves la tête, Clara. Sois un brave petit soldat, Clara. Restes sage, Clara. Obéis, Clara.

Et voilà qu'il rompt le rythme et sort une étrange boutade sur un temps trop lointain. La surprise la fait se détendre un peu, à nouveau.
Bonté divine. Pense-t-il vraiment qu'elle est toujours à l'âge ingrat, celui où elle ne pouvait sans doute pas faire deux pas sans se ramasser la gueule ?
Oui, bon, soit, son état actuel ne lui donne pas entièrement tort, mais tout de même. L'a-t-il regardée un jour grandir ?

Quand il tourne autour d'elle comme un caporal agacé, la demoiselle se force à se tenir plus droite encore, instinctivement. Elle n'atteint pas sa taille de géant, mais elle ne mesure plus deux pommes et demi.

Elle met du temps avant de répondre à sa dernière interrogation, le suivant toujours du regard.
Il ne lui a jamais demandé aussi directement ce qu'elle voulait faire de sa vie, mais il sait, elle en est certaine, ce que sont ses aspirations. Aussi ne se gène-t-elle pas pour le lui faire remarquer.

" Sérieusement, papa. Tu pourrais répondre à ces questions tout seul si tu le voulais. "

Elle soupire à son tour. Tousse un peu.
Le fait d'avoir parlé plus fort lui fait mal aux cotes, mais elle se force à continuer à parler à voix haute, intelligible.
Les larmes reviennent. Elle ne les essuie pas davantage que les premières et garde la tête la plus droite possible.

" Vous apprenez quoi Istvan, Aksel et toi à vos recrues, dans la cours ? Qu'un homme mort ne peut rien défendre du tout, non ? "

Son résumé de l'éducation des soldats aurait sans doute pu faire rire. Si son interlocuteur n'était pas le général.

Le sol lui parait vraiment confortable, mais pas sous ses pieds. Elle n'est cependant pas sûre que s'asseoir soit une bonne idée, même si elle en meurt d'envie, surtout si la discussion se prolonge.
Qui dit qu'elle pourra se relever ensuite cette fois ? Pas elle, en tout cas et il est hors de question de se montrer encore plus faible devant Hektor.

Alors, pour éviter d’y songer, elle se concentre sur son paternel à nouveau.
Son ton se fait celui d'une élève qui récite une leçon qu'elle connait par cœur.

" Donc que pour veiller sur notre confrérie, ils doivent d'abord veiller sur eux-même et polir leurs griffes.
Et que si le sacrifice est autorisé, c'est uniquement sous certaines conditions, comme le fait qu'il ne doit pas y avoir d'autres meilleures solutions à portée de main. "


La moujingue se fait muette quelques instants de plus, fixe son père.
C'est sans doute la fatigue qui la pousse à continuer, d'une voix qui se fait un peu agressive malgré elle.

" Est-ce que je me trompe, papa ? "
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MessageSujet: Re: Une matinée comme une autre ? Sam 6 Juin 2015 - 17:37

Si tôt eut-il parlé, si tôt l’eut-il senti se renfrogner. Elle avait déjà entendu ce ton tranchant, qui ne laissait place à aucune rétorque. Ce ton avait souvent été accusé de regards lourds de reproche, comme si un homme ne devait parler ainsi à sa fille. Comment espérait-elle apprendre si elle ne savait même lui adresser la parole, si elle ne savait rassembler son courage et sa confiance pour énoncer haut et fort ses idées. Elle était certes blessée, et il aurait pu lui donner un répit, mais il n’y avait à cela aucune leçon à tirer. Le grand guerrier la savait encore capable de se tenir sur ses jambes, et si son sang tachait toujours ses vêtements, l’hémorragie devait à ce point avoir suffisamment ralentit. Un bon père l’aurait-il prise dans ses bras pour la consoler ? L’aurait-il rassurée ? Aurait-il eu au moins le réflexe de faire venir un guérisseur ? De panser cette vilaine blessure ? Hektor était très certainement un père indigne, mais il avait tout au moins le cœur de le reconnaître. Il ne savait quoi faire de cette jeune fille en émoi, qui tentait désespérément de lui proposer des arguments d’une logique fallacieuse pour prouver un point complètement émotif. User de la raison dans ces circonstances ne jouerait peut-être pas en la faveur de la jeune femme. Certes, Hektor n’était pas l’homme le plus posé de Madelle, il se plongeait au combat comme si plus aucune aube ne l’attendait mais jamais il ne pensait cela au profit de ses hommes ou de sa cause.

Il n’avait probablement pas vraiment compris que sa fille avait grandi. Certes, elle était physiquement plus grande, mais son attitude lui semblait encore celle d’une enfant. Peut-être se trompait-il ? Il ne connaissait pas beaucoup les enfants, finalement… peut-être était-ce là maintenant la rébellion d’une adulte qui semblait-il avait un manque à combler. Il laissa échapper un profond soupir, si lourd que son sens ne semblait pas clair : était-ce du soulagement ? de la fatigue ? de l’exaspération ? Difficile à dire. Son visage s’était refermé, et elle ne voyait plus que dans celui-ci, sévère, une autorité toute paternelle, vraisemblablement, dont il n’avait fait usage que trop peu souvent. Finalement, les mains posées sur ses hanches, alors qu’il semblait réfléchir, plus longtemps que ne l’auraient laissé croire les rumeurs sur le Lion du Nord, il dit d’un ton plus sec qu’il ne l’aurait voulu : « Si je pose une question, c’est parce que je n’ai pas la réponse. Ne va pas penser que je perdrais mon temps en trivialités. Tu n’as peut-être pas remarqué, mais on ne communique plus vraiment depuis, oh je sais pas, douze ans environ. »

Il savait qu’une bonne partie du blâme reposait sur ses épaules, et il ne tentait pas par ses paroles de le repousser sur Clara. Il ne faisait qu’énoncer un fait que tous deux connaissaient. Elle n’aurait jamais su dire quoi que ce soit sur lui, outre ce qu’on murmurait dans la capitale, et il n’aurait pas pu faire de même non plus. Triste situation, malheureusement trop communes pour les hommes influents et les hommes d’état.

Son résumé de l’enseignement prodigué au soldat n’eut pas l’effet comique qu’il aurait probablement eu sur certaines autres personnes : pour lui c’était un poignard invisible dans le cœur. Les voyait-elle ainsi ? Était-ce seulement ce que pensait sa fille ou d’autres partageaient-ils sa vision ? Il y avait tellement plus à la vie d’un soldat… elle ne semblait pas faire la distinction entre la vie d’un soldat et celle d’un mercenaire. Ça lui semblait pourtant si simple… il avait toujours soutenu ses causes de tout son cœur, et jamais il n’avait pensé qu’il était plus important que ses hommes. Il n’avait jamais cru que sa survie valait plus que ce qu’il défendait. Étaient-ce là des nuances que d’autres ne voyaient pas ? Il eut un petit claquement de langue agacé. Comme s’il était perdu dans ses réflexions ou cherchait ses mots, mais dans son visage, Clara put certainement voir  qu’il y avait une émotion qu’elle ne connaissait que trop bien, se tarissant dans l’ombre de ses traits durs : l’amertume. « Bien sûr que tu te trompes, Clara. Crois-tu vraiment qu’en pensant ainsi mes hommes survivraient à un seul combat ? Ils apprennent à se battre pour une cause, à se battre pour une fratrie, à défendre leurs frères et leur cause au prix même de leur vie si nécessaire. Si tous pensent ainsi, la survie de l’un n’est plus assurée que par sa personne, mais par tous les hommes et toutes les femmes qui l’entourent. Ils apprennent la confiance et à être digne de confiance, la loyauté, à accepter de lourds fardeaux, comme la vie d’autres Arvèles et doivent vivre avec les échecs. On leur enseigne qu’ils sont un engrenage dans un mécanisme complexe, et qu’ils doivent savoir être alertes, garder leur corps, leur esprit et leur moral au pinacle. »

Sa tirade aurait pu sembler interminable, mais il espérait que ses mots pèseraient pour quelque chose dans l’esprit visiblement confus de sa fille. Cependant, le Général finit par abdiquer avec un soupire. « Rentrons. On va te faire recoudre et si tu veux on discutera plus tard de ce que tu as en-travers de la gorge. »


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