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Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys]

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MessageSujet: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Mer 9 Oct 2013 - 4:13

Jamais Clara n’avait imaginé que la liberté vraie, la liberté crue, celle dont-elle avait toujours rêvée, jusqu’à ce jour, fusse aussi difficile à porter. De nature prompte, son départ n’avait pas démordu à la règle ; précipité et plus ou moins bien préparé. Elle qui, dans son empressement, croyait à tort qu’elle avait élaboré un voyage des plus minutieux… stationnaire sous une pluie diluvienne, elle rongeait à présent son frein, alors que sa sage bête prenait son mal en patience un peu plus loin. Clara avait l’habitude des escapades en forêt, une journée à la fois du moins. Voilà trois jours qu’elle se démenait dans les bois de la montagne de Saphir et, déjà, elle en avait sa claque. Il faut dire que depuis son départ, le temps n’était pas clément. Sans compter que sa procession était atrocement lente ! D’un côté parce qu’elle avait emprunté une route désuète depuis fort longtemps dans l’espoir de ne pas se faire intercepter et de l’autre parce que sa monture était le plus ballot des chevaux. Il avait un caractère en or, le pied sûr et l’endurance d’un buffle mais son flegme était quasi-maladif. Avec la personnalité explosive de Clara, ça ne collait pas du tout. Un cheval trop doux, qui s’en plaindrait ! Maintenant, on sait.

Et cette route, quelle perte de temps. Elle n’était plus utilisée que par quelques maraudeurs bien courageux ou d’adroites bestioles sauvages. Le chemin serpentait comme pas possible dans des côtes toutes plus abruptes les unes que les autres et, comme personne ne venait la nettoyer au printemps, par la force des choses, la nature avait repris le dessus. Des amas de branchages ou d’énormes troncs d’arbres la jonchait de long en large. Trois autres jours s’écoulèrent ainsi, sous la pluie, dans la boue, exaspérants. Même si Clara supportait bien la solitude, ne pas voir âme qui vive une semaine durant consomma lentement sa hardiesse. Faute de compagnon, elle se rabattait sur Hildebald, le flemmard. Elle lui causait, bon temps, mauvais temps, de tout ce qui lui passait par la tête. Et le cheval, fidèle, écoutait sans broncher, ne remuant les oreilles que de temps à autres. Clara se souhaitait même d’espérer qu’on lui réponde. Mais sa monture ne pipa mot de tout le voyage. Le contraire eût été étonnant…

Au septième jour, enfin, il ne resta plus de la forêt que quelques arbres éparses sur une plaine s’ouvrant à perte de vue. Comme pour couronner cet exploit, les nuages s’en étaient allés et le soleil brillait désormais de mille feux, inondant la steppe verdoyante de lumière. On aurait dit un océan d’émeraudes. À cette vue, même Hildebald ne resta pas insensible. Son flegme s’en était allé, et Clara suspecta un instant l’herbe fraîche d’en être l’heureuse responsable.

Elle s’accorda une journée de repos. À présent, elle pourrait chevaucher sans aucune entrave. Une semaine à longer un cheval traînard lui avait donné de sérieuses crampes dans le bras. Encore chanceuse de mener les montures à droite, car son biceps gauche portait toujours les vestiges d’une vilaine blessure. Une blessure pas totalement guérit. Là où la flèche avait pénétré la chair, la peau formait un petit bourrelet blanchâtre.

La journée suivante, Hildebald était frais et disposé, tout comme sa cavalière. Ils galopèrent, goûtèrent aux douces effluves du printemps, à l’air de la liberté comme Clara l’avait imaginé. Mais ce qui la poussait, il fallait se l’avouer, était désormais la faim. Une semaine sans civilisation… ses réserves de nourritures en avaient souffert. En fait, il n’y avait plus de réserves du tout, même si elle s’était rationnée. Chaque jour, elle s’accorda une courte halte dans une taverne. Le terrain étant neutre et rapproché de Férèsis, elle ne fut pas surprise d’y découvrir les bannières des Arvèles. Mais nous étions trop loin de la capitale, personne ne la reconnaîtrait.

Encore quatre jours de chevauchée vers le Sud et elle arriva enfin à l’embouchure du fleuve Veroni. Il se déversait dans le Mali, ainsi que dans le Déoli. La croisée des chemins. Là, à cause des avantages qu’octroyaient les cours d’eau, autant pour le transport que pour le commerce, la population s’était bien développée. Pas assez grand pour être appelé une ville, le village était néanmoins d’une taille non négligeable. Des champs couraient le long des berges et le centre du bourg était muraillé de hauts murs de bois et de pierres. Le soleil commençait à peine son déclin, juste assez pour éblouir Clara, haut perchée sur sa monture.

Elle fit halte au village. Il portait les bannières de Parlèms. Elle eut enfin l’impression que la traque prenait fin ici, comme si, en pénétrant une zone appartenant à une autre confrérie, elle était en terrain indéfectiblement sécuritaire. Qu’elle manque de jugement… Clara était jeune et la politique lui échappait, du moins, pour l’instant. Depuis qu’elle faisait la tournée des tavernes, elle avait distraitement tendu l’oreille, et d’étranges confessions lui avaient été révélées à l’insu de leur orateur. Une rébellion, disait-on ? Si le peuple Liare traficotait quelque chose, peu importe sa teneur, Arvèles entraverait sa route. Même si sa confrérie se révélerait neutre dans ce conflit, elle serait littéralement acculée au coin du mur. Si les forces armées Liare marchaient vers le Sud, si armée il y avait et si Sud était la destination, alors Férèsis serait impliquée.

Dans les rues, c’était la débandade. Des charrettes cahotaient au milieu du chemin, chancelantes sous le poids de leur marchandise, de kiosques garés aux bords de la route beuglaient des vendeurs, une ribambelle d’enfants trottinait entre les passants en poussant des cris hystériques et un discours véhément enflammait la place publique. Un illuminé qui parlait d’un dieu, un dieu quelconque que Clara ne connaissait point et qu’elle n’avait pas envie de connaître. À la première auberge, Le Paian, elle entra.

L’intérieur était enfumé.  La cheminée vomissait de longs bras vaporeux qui allaient nonchalamment serpenter entre les poutres noircies du plafond, donnant à la pièce l’impression d’avoir ses propres nuages. Deux longues tables, pouvant facilement asseoir trente personnes chacune, trônait au centre de la salle. Elles étaient presque pleines. D’un pas décidé, Clara marcha à la rencontre de l’aubergiste qui asticotait une chope vide.

- Je voudrais une chambre.
- Désolé ma p’tite, j'en n’ai plus.

On ne voyait même pas les lèvres de l’homme lorsqu’il parlait. Elles étaient perdues, quelque part, dans sa barbe rousse et abondante. Après plusieurs jours successifs de monte, Clara avait l’intérieur des cuisses à vif, le dos arqué, les fesses endolories. Son corps criait grâce pour un lit, aussi peu douillet soit-il. Elle insista donc.

- S’il-vous-plait, éructa-t-elle, les poumons et la voix enrouillés par toute cette boucane
- J'en n'ai plus, je t’ai dit !

L’aubergiste la fixa droit dans les yeux, asticotant avec un peu plus de conviction ce qui était déjà très, très propre. Percevant cela comme un défi, la jeune femme glissa une main sous le pan de sa cape et en sortit une petite pièce qu’elle laissa tomber sur le comptoir. L’homme déposa brusquement la chope en grognant.

- T’es sourde ou quoi ? Allez, fiche-moi le camp fillette !

Clara sentit le feu lui monter dans l’arête du nez et inspira un bon coup.

- Alors donnez-moi au moins à boire, pour cette pièce que je viens de vous donner.

L’aubergiste grogna de nouveau, accentuant sa ressemblance avec un gros ours, et parti lui verser une bière. La jeune femme capta une discussion à sa droite.

- … Général Hektor qu’on l’appelle.
- Franchement, même pas foutu d’avoir un vrai Roi !
- Comment ça ?
- Quoi, comment ça ? Il n’est même pas issu de noble lignée, et sa femme était une vraie barbare, je mettrais ma main au feu qu’elle maniait mieux l’épée que lui !

Clara glissa un œil au petit groupe de trois qui tablait non loin. Deux hommes à l’apparence banale et un autre, bourgeois, grassouillet, enrobé dans des vêtements nettement plus distingués. Il piqua une saucisse dans son plat, la mastiqua en sapant comme un porc, et rigola en ajoutant :

- Les Arvèles, ils nomment leur meilleur guerrier comme Roi ! Tu imagines comment ça se succède sans queue ni tête !
- Ça doit en faire des princesses, croassa l’autre en donnant un coup de coude à son voisin de table
- Des petites sauvageonnes, je les baiserais bien toutes !

Et ils esclaffèrent tous. À la seconde, l’aubergiste mettait dans la main de Clara une pinte pleine de bière. Sans même un remercîment, la jeune femme quitta le comptoir pour se diriger vers la table. Elle fulminait, littéralement. L’étui de sa dague, contre sa hanche, était devenu chaud, signe que la lame en son sein s’était brusquement mise à irradier. Lorsqu’elle fut arrivée à la hauteur des trois hommes, ils ne remarquèrent pas tout de suite sa présence. Elle attendit que le riche tourne enfin la tête en sa direction pour, malencontreusement, échappé tout le contenu de sa chope sur son entrejambe.

- Oups… pardon.

L’homme se leva d’un bon en poussant un couinement offusqué.

- Eh, monseigneur, on dirait que vous vous êtes pissés dessus, hurla son camarade

Comme une traînée de poudre, une cacophonie de rires gras se répendit dans toute la pièce. Monseigneur était si rouge qu’on aurait cru qu’il allait exploser d’un instant à l’autre.

- Petite merdeuse…

En un éclair, Clara se sentit saisir par le collet. La seconde d’après, le visage rubicond du malotru était à deux centimètres du sien, la jaugeant avec hargne. Clara, que l’émotion venait de prendre au ventre, ne bougea pourtant pas d’un pouce et se contenta de provoquer silencieusement notre petit bout de riche en lui assenant un regard des plus impertinent. Autour, on continuait de rire et de crier.


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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Sam 12 Oct 2013 - 23:41

Déposant son baluchon à ses pieds, Richard inspira à grandes goulées les effluves odorantes de nourriture grillée : poisson fraichement pêché, rôti, poulet, fenaison fumée... Le tout sur les cris des marchands de tissu de passage ou encore des commis essayant de se frayer un chemin – et ne manquant de bousculer certains outrés. Le crépuscule annonçait tranquillement sa venue, aussi essayait-on de liquider ses produits… quand des enfants furtifs ne les délestaient pas.
Un fin sourire naquit sur ses lèvres.
Il se rappela des nombres bêtises commises avec son ami, au Grand nom de l’Ennui. Cette convivialité empruntant les lieux avait de quoi réchauffer l’âme. Peut-être à cause de sa similitude avec le quotidien de son village ? Enfin peu importait la raison, on s’y sentait bien, et cela lui suffisait ; il pouvait ainsi espérer une halte pleine de quiétude et le laissant libre à ses sempiternelles réflexions philosophiques.

Alors que ses pas le menait peu à peu vers le sud, son périple se rapprochait de sa fin ; et si cela n’était pour lui déplaire, Richard n’était cependant guère heureux de regagner la stérilité de ses Terres Inexplorées… Son regard balaya la place animée et la foule dense d’où s’élevait ci et là des oriflammes et poternes, hautaines et indécentes lances pointées vers le ciel comme par défi. Cela lui fit froncer les sourcils, et son air avenant devint un visage tant froid que sombre. Le vent faisait onduler le tissu marqué par le symbole de ces perfides Parlèms… Car tour Récleyé qu’il était, Richard éprouvait une certaine aversion envers cette confrérie qui semblait ignorer toutes convenances.
Enfin là n’était point le moment de songer à ses animosités : il avait faim. Et, se rappela-t-il en croisant le nez plissé d’une passante, il était temps qu’il prenne un bain. Le dernier remontait à quelques semaines déjà. Depuis Arnlo. Diantre, voilà que son caractériel sens de la propreté perdait de son importance face à la volonté de cacher son identité, alors que les incessantes poussières des Terres n’y eut réussi.

La porte grinça lorsqu’un Richard nonchalant aux allures de sans-le-sous pénétra dans la première auberge qu’il vit, au détour d’une rue. Quoique celle-ci avait plutôt des similitudes avec l’image qu’il avait d’une taverne, toute chaleureuse dans son atmosphère enfumée et son auditoire paillard. Si la testostérone suintait de toutes parts, il y avait toutefois quelques rares têtes féminines ; assises dans des coins à l’ombre comme pour se préserver de toute cette démonstration de virilité initiée par les premiers grisés, elles déjeunaient ou buvaient seules, un air morne sur le visage – ou une mine qui ne permettait aucune hésitation sur leur réaction si elles étaient dérangées.
L’expérience lui avait appris que si moins de femmes savaient se battre, les quelques-unes étaient souvent des combattantes hors-pairs. Dans ce monde, celles qui étaient faites pour aimer et aider ne prenaient pas les armes volontairement, ou très rarement… Il y avait toujours une raison, une forte raison pour les pousser à tuer plutôt que donner la vie.

C’était ces pensées dans l’esprit que Richard observa une jeune femme pénétrer dans l’établissement. Silhouette altière, mine volontaire et ne souffrant d’aucune timidité, elle avançait avec un pas assuré malgré cette légère fatigue perceptible sur son visage. Une simple voyageuse, sans doute pas. Une bonne épéiste ou combattante au corps-à-corps, plus probables.
Le Récleyés s’était détourné d’elle pour faire taire un voisin se plaignant de son odeur d’une œillade des plus éloquentes. Certes, il était loin d’être présentable, mais la propreté était moins importante que la satisfaction de sa panse ! Et histoire de prévenir d’autres mécontents, il repoussa un pan de sa cape pour laisser entrevoir le pommeau argenté de sa flamberge ; le général était loin d’être d’humeur patiente. Aspirant au repos, mais non pas colérique non plus. La fatigue accumulée des derniers jours faisait ses offices.

Enfin ce ne fut une remarque qui lui arracha un soupir agacé, cependant un groupe d’hommes dont les beuglements surpassaient le brouhaha ambiant. Deux hommes de classe moyenne servant d’auditoire à un péteux de bourgeois désireux de faire étalage de son savoir unique et de ses pertinentes lumières assurément.
Richard se forçait de les ignorer, se concentrant au possible sur sa bière tiédasse. Une couleur ambrée. De la mousse grisâtre. Des bulles difformes. Un moucheron.

« HI !
- Eh monseigneur, on dirait que vous vous êtes pissé dessus !
»

Richard écrasa l’insecte. Décrivant une légère rotation sur son tabouret de bois, il cherchait des yeux l’origine de ce joyeux bordel. Ce fut un bref mouvement qui lui indiqua sa source : le nobliau de tout à l’heure venait de saisir la jeune femme dernièrement entrée d’une manière des plus indécentes, autrement dit par le col. Étant plus petite que lui, le pédant la soulevait de quelques centimètres du sol et lui soufflait son haleine au visage.
Tss, riche peut-être, mais sans manière aucune.
Malgré ses réflexions, Richard n’intervint pas : la jeune femme ne s’était délestée de son assurance et dévisageait calmement mais subtilement menaçante le malotru… Elle s’en sortirait.

Son regard glissa donc sur le reste de la tablée proche, donc les deux autres interlocuteurs du noble. Si l’un s’esclaffait encore, l’autre –voisin de Richard- arborait maintenant une mine plus concentrée, hésitante. Allait-il intervenir ou se laisser porter par l’amusement de son compagnon ?
Mais alors que la colère du bourgeois allait crescendo, la main de ce dernier se leva afin d’asséner une gifle à la jeune femme ; aussitôt que son bras se braqua en arrière, l’indécis repoussa sa chaise et s’empara de la poignée de sa lame. Sans doute sentait-il qu’elle n’allait pas se laisser faire et était dangereuse. Richard, préparé, fut plus rapide que lui et avant qu’il n’ait pu dégainer, le Récleyés frappa la main de l’homme du plat de sa flamberge.

« N’interviens pas, siffla Richard avec froideur. Il s’est senti offensé, et l’attaque. Cela ne regarde qu'eux. »

La flamberge au clair, il veillait donc à ce que nul ne gênerait les belligérants.


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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Lun 14 Oct 2013 - 4:03

Encore une fois, tout se déroulait avec une rapidité déconcertante. Hektor privilégiait la réflexion et la discipline et Clara se demandait de nouveau comment appliquer ces concepts mal compris dans de telles situations. Si elle avait été moins prise dans sa colère noire, peut-être aurait-elle fait un meilleur stratège à l’heure actuelle. Seulement, elle n’avait qu’une envie envers le richissime, et elle n’était pas pour les yeux des petits enfants.

La jeune femme vit la main du bourgeois s’élever, puis, derrière, son compagnon faire mine d’intervenir pour couvrir ses arrières. La seconde d’après, le revers d’une lame s’abattait sur la main de ce dernier pour l’empêcher de réaliser une bévue. Clara tourna la tête vers le nouveau venu, pareil pour son assaillant. Tous deux furent déconcentrés mais, tout à son avantage, la fille du Général le fut moins longtemps. Un éclat brilla sur la hanche du malotru. Sans réfléchir d’avantage, Clara agrippa fermement le pommeau de l’épée et tira, forçant son agresseur surpris à lâcher prise.

Alors que le crissement de l’acier émergeant de son fourreau retentissait, les rires dans la salle s’estompèrent. L’arme était longue et lourde, peu convenable pour une femme comme Clara de si petite carrure, mais l’énergie de la hargne lui faisait tenir la lame bien haute et bien droite, comme s’il s’agissait d’un vulgaire bâton de bois. Ses muscles fins saillaient sous les manches légères de sa tenue, témoins d’un effort soutenu tenir son adversaire en joute. Qu’importe, s’il lui fallait porter un coup, ce nigaud aurait mieux fait de la craindre, car elle trouverait la force à coup sûr.

Le bourgeois, rouge pivoine, la toisait avec stupeur et courroux. Sa bouche fermée ne cessait de se déformer, comme si elle cherchait à cracher milles injures. L’homme se retourna vivement vers ses deux compagnons, cherchant visiblement du soutient, un encouragement quelconque. Soudain, la voix forte de l’aubergiste fendit le silence.

- He, pas de ça ici ! –il pointa le seigneur du doigt-. Toi, fous le camp de mon auberge, et vas assoir ton gros cul de riche ailleurs pour y foutre des emmerdes ! Et toi, fit-il en se tournant vers Clara
- Savez-vous qui je suis !? explosa enfin l’homme, Je suis le Seigneur d-…
- Rien à battre, débarrasses !

Clara eut l’impression que si on plongerait la pièce dans le noir, le bourgeois fournirait à lui seul assez de clarté tant le vermeil éclatait son visage bouffi. Sagement, elle déposa l’épée sur la table voisine en défiant silencieusement son assaillant. Ce dernier, blessé dans sa profonde estime et amour de soi, s’emparant vivement de l’arme qu’il replaça maladroitement dans le fourreau avant de filer hors de la pièce, ces deux acolytes sur les talons. Au passage, il laissa sa fierté tomber derrière lui…

Les discussions reprirent bon train, comme si rien ne s’était passé. Néanmoins, Clara sentit quelques regards curieux s’attarder sur sa personne. Elle retourna à l’encontre de l’aubergiste de mauvais poil, le cœur encore battant.

- Vous avez désormais une chambre de libre, si je ne m’abuse…

Le gros ours lui jeta un coup d’œil effaré. Par son silence, la jeune femme en conclu un consentement. Elle hocha la tête, comblée d’avoir gagné son point, et retourna à la table où avait siégé le trio. Enfin, elle accorda son attention à celui qui lui avait permis cette distraction… Clara le jaugea sans retenue, ce qui aurait peut-être pu paraître impolie. Derrière ce visage fatigué et toute cette crasse, ses traits étaient beaux. Oui, Clara ne douta pas que cet homme fut beau mais son état délabré, et surtout l’odeur, l’empêchèrent d’apprécier ce côté de sa personne. Elle piqua une saucisse dans une des assiettes encore pleine et l’engouffra, affamée. Elle poussa ensuite l’un des plats vers l’inconnu, un rictus mi-amusé, mi-agacé sur le visage.

- J’aurai pu me débrouiller seule, commenta -t-elle en premier pour satisfaire son orgueil mal placé, mais merci. Vous auriez pu vous attirez des ennuis.

Elle prit une petite pause pour mastiquer puis repris, la bouche pleine (car plus personne, enfin, n’était là pour juger de ses bonnes manières) :

- À ce qui se trouve, vous êtres peut-être déjà sur leur liste noire. Et moi aussi.

Qu’il vienne encore ce petit riche bien gras, épaulé de soldats fanfarons qu’aurait pu lui payer sa fortune. De toute façon, Clara était déjà sur la liste de noire de bien des gens, même de gens qu’elle ne connaissait pas. La princesse des Arvèles, on se l’arrache. Ça fait du bien joli chantage et des promesses de rançons. Elle en avait fait la déplaisante expérience.


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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Lun 14 Oct 2013 - 18:32

Richard apprécia de n’avoir eu à intervenir plus que son petit geste ; décidément, la fortune ne manquait pas de le mêler plus ou moins à des situations dangereuses ou carrément en plein litiges. Enfin l’aubergiste eut le bon sens de rompre la tension avant que les premiers coups ne soient échangés, par désir de ne pas avoir de cadavres dans son établissement ou –plus probalement- ne pas avoir de matériel cassé. En tous cas, le Récleyés avait brièvement jaugé la jeune femme et ses premières impressions ne l’avaient pas trompé… Pour tenir une épée de noble –alourdie d’inutiles friotures malgré un excellent tranchant- sans flancher sous son poids, elle devait être expérimentée. Et très douée. Ou alors tout simplement têtue comme une mule. Mais les deux n’étaient toutefois pas incompatibles, songea-t-il avec un sourire intérieur.

Quoiqu’il en fut, le noble fut promptement congédié et donc l’auberge retrouva son entrain festif, tout à la beuverie. Ce genre d’incidents étaient si communs que la clientèle ne s’en étonnait presque plus… Drôlerie que cela était. Il faudrait qu’il s’y penche plus sérieusement un jour.
Richard avait depuis un moment rengainé sa flamberge ; à ce moment, son attention était à vrai dire portée sur le contenu de son assiette à présent refroidie. Les quelques haricots lorgnaient tristement son petit morceau de viande, d’un air si mésirable que le Récleyés avait quelques doutes quant à leur comestibilité. Il jouait d’eux du bout de sa fourchette quand une absence de mouvement à sa gauche lui indiqua qu’on l’observait.
Il l’ignora. Il avait l’habitude d’être… dissiqué visuellement.
Néanmoins le plat de saucisses qui glissa juste sous ses yeux en éparpillant ses haricots aux quatre coins de l’assiette l’obligea à accorder un peu d’attention à celui qui le regardait… Enfin celle. Il s’agissait en effet de la demoiselle de tantôt, qui arborrait actuellement un sourcil agacé quand sa bouche esquissait un fin sourire amusé.
Un joli brin de fille, pensa-t-il. Pas tant physiquement –bien des courtisanes rivalisaient sur ce terrain là. Mais elle semblait pourvue d’une sorte d’esprit rebelle, libre, perceptible dans son regard franc et son front clair ; c’était là un trait qui en disait long sur son caractère et qui de même, la rendait ravissante et unique. La beauté des combattants dirait-on.

« J’aurai pu me débrouiller seule, fit-elle avant de lâcher un remerciement. Vous auriez pu vous attirer des ennuis. »

Richard esquissa pour toute réponse un sourire amusé. Elle s’estimait en mesure de se défendre elle-même mais lui aurait risqué un quelconque danger ? Ha, la fierté des bretteuses… Bien de ces dernières avaient ce genre de réaction, peut-être pour se défaire de l’image de femme fragile qui sait ? Enfin il n’était qu’un homme et ne le comprendrait sans doute jamais tout à fait...

« A ce qui se trouve, poursuivit-elle la bouche pleine, vous êtes peut-être déjà sur leur liste noire. Et moi aussi. »

Le Récleyés l’observa à son tour de ses yeux gris : avait-elle peur ? Ou était-ce de la simple prudence ? Il secoua la tête pour chasser ses pensées qui de secondes en secondes amenaient leur lot de nouvelles interrogations, puis lui répondit tranquillement tout en jouant avec ses haricots maussades.

« Oh. Ne vous préoccupez pas de moi, un certain nombre de bonne gens seraient fort heureux de me voir amputé d’un membre ou de ma bourse… Alors trois de plus… (il haussa les épaules.) J’ai tendance à me retouver mêlé plus ou moins volontairement à toutes sortes de… déplaisantes situations. D’où ma belle prestence. (Il posa sans bruit sa fourchette pour se tourner vers la jeune femme.) En tous cas vous ne semblez pas être inquiète pour avoir décidé de loger ici-même. (Il pencha la tête, intrigué.) Une femme aussi jeune qui tient tête à un nobliau… peu courant. L’information aura bientôt fait le tour du village. Ce qui nous amène aux hypothèses suivantes : soit vous êtes confiante en vos talents, soit une téméraire inconsciente ou alors une folle. Je suis porté à vous croire pourvue de toutes vos capacités… Donc vous seriez une remarquable bretteuse ?»

D’eux deux, elle encourait un risque possiblement plus élevé. Elle avait en effet ouvertement offensé le noble tandis que le rôle de Richard était tout compte fait aussi important, voire moins, que celui du propriétaire des lieux…. Mais cela ne l’empêchait pas de faire une croix sur un séjour tranquille. Il soupire intérieurement. On viendrait assurément le bousculer au-dehors, néanmoins avec la bonne attitude et les mots justes, il n’aurait pas à faire chanter sa flamberge.
Enfin ce n’était pas si différent de son quotidien.
Il gardait ses yeux sur elle, la détaillant avec une curiosité presque scientifique maintenant qu’elle l’avait abordé. C’était un des défauts de Richard : il avait bien du mal à ne pas faire dériver un bref échange de politesses en longue discussion rhétorique, mû par de sempiternelles interrogations. Ce qui lui valait de maintes moqueries de ses élèves et de ses hommes.
Jeune, une vingtaine d’années sinon moins –sa fragilité apparente avait de quoi fausser son jugement, qui savait se tenir malgré son actuel laissé aller, talentueuse de la lame, fougueuse et franche… On aurait dit une version de sa personne au même âge, en version féminine. Il sourit distraitement. Mais chose remarquable, son odeur et sa saleté ne semblaient pas l’indisposer plus que cela. Drôle de fille.


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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Mar 15 Oct 2013 - 0:22

Une simple bouchée rappela à Clara à quel point elle était affamée. Le grand air creusait la panse et mettait les muscles à rude épreuve, mais la jeune femme jouissait de cette hébétude car elle découvrait toutes sortes d’infimes plaisirs exquis. Comme celui de manger alors que la dalle nous crève l’estomac, car on se doute bien que Clara ne manquât jamais de rien jusqu’à présent. Quelle drôle de chose, des mendiants qui souhaitent vivre comme des riches et des riches qui souhaitent vivre comme des mendiants.

« Oh. Ne vous préoccupez pas de moi, un certain nombre de bonne gens seraient fort heureux de me voir amputé d’un membre ou de ma bourse… Alors trois de plus. J’ai tendance à me retrouver mêlé plus ou moins volontairement à toutes sortes de… déplaisantes situations. D’où ma belle prestence. »

Le délicat sourcil de Clara s’arqua imperceptiblement. Cet homme anodin était-il donc si notable qu’il le prétendait ? La fille du Général l’évalua de nouveau sans cesser de mastiquer. Étrangement, le fait de manger semblait atténuer l’effet du livre ouvert de son visage. Était-ce pour cela que les complots s’orchestraient autour d’une table pleine de victuailles ? Les intentions des gens étaient moins perceptibles, peut-être. Qu’importe, Clara su observer plus loin que le bout de son nez.

« En tous cas vous ne semblez pas être inquiète pour avoir décidé de loger ici-même. Une femme aussi jeune qui tient tête à un nobliau… peu courant. L’information aura bientôt fait le tour du village. Ce qui nous amène aux hypothèses suivantes : soit vous êtes confiante en vos talents, soit une téméraire inconsciente ou alors une folle. Je suis porté à vous croire pourvue de toutes vos capacités… Donc vous seriez une remarquable bretteuse ? »

La fourchette entre les lèvres, la jeune femme cessa de mâcher et releva des yeux pâles et farouches vers son interlocuteur. Elle laissa s’écouler un moment sans mot dire, regardant l’homme avec une insistance presque grossière. Le blond avait pour lui, sans compter une certaine finesse qui semblait se répercuter sur son esprit, une carrure assez imposante et une taille non négligeable. Tout en reposant lentement sa fourchette, Clara s’arqua sur le dossier de sa chaise et déposa ses coudes sur la table. Pendant une seconde, elle eut l’impression que sa nourrisse allait surgir de nulle part pour lui asséner une claque derrière la tête, lui rappelant que seul les rustres sans manières se tenait ainsi à table.

- Si j’étais fine bretteuse, j’aurais une arme sur moi, constata-t-elle négligemment. Vous, par contre… c’est une très jolie lame que vous avez là. Et de ces réflexes. Votre façon de vous exprimer se distingue également, vous n’avez pas là les manières et l’accent des gens du coin. –elle marqua une pose- Peu m’importe si le mot court, je serai partie demain à l’aube.

Malgré le fait d’être un petit brin de femme fougueuse et mal réfléchie, Clara n’était pas une idiote. Elle se méfiait mais, au final, était tout aussi imprudente. Le grand blond n’était pas le premier inconnu à qui elle causait depuis son départ de Férèsis, mais il était le premier qui était digne d’un intérêt tout particulier. Peut-être se faisait-elle aussi des illusions. Beaucoup de voyageurs et de gens aux fonctions multiples passaient par Accro, terrain neutre et sûr.

Comme l’air était chaud et suffoquant, la fille du Général releva avec agacement sa longue tignasse emmêlée et l’attacha rapidement avec un cordelette de tissu, révélant un cou gracile et mettant encore plus en valeurs ses traits étroits et altiers. N’importe quel crétin, en l’observant un peu, en aurait déduit qu’elle n’était pas, elle aussi, qu’une simple paysage ou voyageuse sans le sous.

Depuis son départ, Clara s’était aussi découvert une oreille toute particulière et attentive. Elle qui ne s’empêtrait habituellement pas des commérages de la cours captait maintenant à la volée des brides de conversations compromettantes. La jeune femme sortait de son confort, voilà pourquoi elle était peut-être plus vigilante à ce qui se passait autour. Les mots révolution, corruption et Liares vinrent percuter ses tympans, mais ce n’était pas la première fois qu’elle les entendaient… Certaine que son interlocuteur les avaient aussi entendu, elle lui lança une œillade interrogatrice. Savait-il quelque chose ? Aurait-il seulement envie ou le droit de partager ce quelque chose.

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Dernière édition par Clara Arnstven le Jeu 17 Oct 2013 - 4:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Mer 16 Oct 2013 - 1:44

Chose rare, une moue entre amusement et sourde prudence naquit sur le visage franc du Récleyé. Si la réaction de la jeune femme l’eut rassuré sur le fait qu’elle n’était définitivement pas de cette haute société noble –toute autre personne se serait offusquée de sa précédente remarque- il acquis la certitude de sa vivacité d’esprit. N’ayant lui-même guère grand-chose à craindre dans ce coin du monde, Richard avait sciemment lancé de tels propos. Et à son grand plaisir, la voilà qui réfutait certains d’entre eux :

« Si j’étais fine bretteuse, j’aurais une arme sur moi. »

Richard laissa son petit sourire s’élargir un peu plus ; il ne la croyait aucunement, car toute cette assurance, cette fougue, cet esprit indépendant incluaient qu’elle eut un atout caché. Que l’arme fusse une lame ou d’autres habiletés métaphysiques… Enfin elle semblait vouloir conserver son secret. Soit ! Cela ne changerait guère grand-chose sinon qu’il devrait sacrifier quelques interrogations.

« Vous, par contre… c’est une très jolie lame que vous avez là. Et de ces réflexes, reprit-elle sur le ton de la conversation.
- Merci. » fit-il simplement avec un air un brin ravi.

Sa flamberge étant exempte de toutes fioritures et décorations inutiles, le Général en déduisit logiquement que son interlocutrice avait porté son attention sur la qualité brute de sa lame. Dans le milieu, les flamberges étaient souvent craintes pour leurs caractéristiques à double tranchant ; mais peut-être disait-elle cela pour la forme, même s’il n’y croyait pas. Il avait affaire à une connaisseuse. Tout autre non initié aurait volontairement préféré le terme « bizarre » ou « originale » à « jolie »… De plus elle paraissait avoir eu le temps de jauger ses quelques réflexes en l’espace des infimes secondes de son action tout à l’heure. Bien intrigante était cette jeune femme.

« Votre façon de vous exprimer se distingue également, vous n’avez pas là les manières et l’accent des gens du coin, poursuivit-elle son analyse.
- En effet, mon phrasé est ardu à masquer mais ma simple tenue aurait suffi à arriver à ce constat, chère demoiselle… »

Il avait lâché cette dernière phrase d’un sourire plus marqué à présent, chassant brièvement ses traces faciales de fatigue. Comme toujours, les esprits rationnels et logiques avaient la capacité de lui inspirer de la sympathie. Rares étaient les philosophes et artistes à la Tour ; sans doute cela expliquait la situation ? Le fait d’espérer rencontrer une personne apte et volontaire pour échanger des pensées savantes, critiques ou personnelles. Enfin voilà qu’il s’égarait encore.
Son attention revenant à son interlocutrice, Richard l’écouta le rassurer sur sa sécurité puis la regarda se coiffer en de vifs gestes précis. Il détailla la finesse de ses traits qui devait être à l’origine de ce sentiment de fragilité qu’elle inspirait naturellement ; des mains calleuses, un joli port altier et une longueur de cheveux que toute n’aurait pu se permettre… Une forte hypothèse commençait à germer au fur qu’il glanait des informations subtiles sur cette jeune femme qui ne le laissait pas indifférent. Durant toute cette réflexion, il prit cependant le soin de ne pas afficher ouvertement l’écho de ses pensées.

Quoiqu’il en soit, elle semblait un peu distraite. Cherchant à son tour les raisons de cette attitude, Richard finit par prêter attention aux conversations alentours après un examen de la salle : elle ne regardait rien en particulier. Donc elle écoutait sûrement.
Ci et là les paroles fusaient avec un rythme berçant, au sujet de faits divers ou encore du commerce. Quelles étaient les meilleures affaires à conclure. Quel marchand était de confiance. Puis on évoquait des contrées lointaines comme tant de lieux exotiques tels que ces terres de feu, au Nord. Presque inévitablement de maigres propos sur les intrigues liares se mêlèrent au brouhaha ambiant : où en était la soit disant révolution, ce qui se tramait etc.
Richard se remémora un jeune visage aux similitudes quasi troublantes avec sa voisine de tablée.
Les oreilles ouvertes, ses yeux restaient toutefois sur cette dernière, à inscrire son visage dans sa mémoire. Habituellement les belles femmes ne l’intéressaient guère au-delà la passagère distraction charnelle, et encore, malgré tout… Elles ne supportaient longtemps ses divagations et cela le frustrait, il fallait y convenir. Oh son ami compensait bien ce besoin intellectuel. Mais ! Il n’était coutumier aux échanges si plein de sous-entendus avec une femme… et il sentait donc l’impérieux besoin de tester ses limites.

Ce pensant, elle planta son regard dans le sien et Richard y lut un lot d’interrogations. Il sourit.

« Pour y être intéressée, vous devriez être bien plus qu’une simple voyageuse, la taquina-t-il. Néanmoins… (il secoua la tête, de nouveau sérieux) Ces choses-là ne peuvent qu’attirer des ennuis, des ennuis que je souhaite éviter. Pour vous satifaire un tant soit peu, je ne sais guère grand-chose à ce sujet de toute manière, sinon ce qui se rapporte ci et là. (Il prit un air songeur) Une révolution Liare qui se préparerait, pour un objectif inconnu : régime trop autoritaire ? mauvaise gestion de ressources ? édit injuste ? Les suppositions sont nombreuses, tout autant que ceux s’amusant à les modifier. Je ne sais rien de plus. Rien de moins. (Il haussa les épaules) Si vous voulez de plus amples informations rendez-vous sur place, simplement… »

A dire vrai, le Récleyés n’oubliait pas ses priorités, aussi mignonne fusse son interlocutrice : il était investi d’une certaine mission et sa Confrérie gagnerait à conserver exclusivement les informations obtenues… sans doute s’en retournerait-il au grand Nord dans quelques mois. Si sa première venue n’avait eu le résultat escompté, il sentait quelque chose se tramer doucement. Cela avait été perceptible sur les visages des Liares présents à Arnlo. Emilienne ne paraissait pourtant ne pas lui avoir menti : en toute connaissance de cause ou par ignorance ? Il penchait sur cette dernière présomption et cela ne l’empêcherait pas de revenir aux nouvelles.
Quoiqu’il en fusse, Richard ne partagerait aucune information importante à cette inconnue si mystérieuse. Elle pouvait bien faire partie d’une de ces honnies confréries.

La nuit tombait peu à peu, et l’on voyait par les fenêtres le crépuscule s’évanouir ; des bougies diffusaient leur lueur tamisée si chaleureuse dans toute l’auberge tandis que le patron hésitait à allumer l’âtre. Il ne faisait pas très froid en ce mois de Daeymo. Mais les lieux manquaient de lumière si bien que Richard ne discernait certaines ombres dans les recoins… Il se redressa sur sa chaise, pour que cette position inconfortable maintienne sa vigilance au vif.
Richard ayant soupé, il songea à prendre congé de la jeune femme dont il ignorait l’identité.

« Il se fait tard. Voulez-vous poursuivre une conversation plus privée ou bien nous quitterons-nous à présent ? »

Il n’y avait ni malice ni ennui dans sa voix lorsqu’il lui fit cette proposition, juste un peu de politesse associée à de la curiosité sincère.


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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Mer 16 Oct 2013 - 3:51

Ces derniers temps, Clara n’avait parlé qu’à des gens méfiants, distants, grossiers, ivres ou de très peu de mots. Pas surprenant, vu la clientèle des tavernes. Ainsi, cette rencontre fortuite avec ce grand blond lui fit un bien étrange. Plus elle l’observait, plus il la fascinait. Élégant, malgré toute cette malpropreté, et sans conteste un homme d’arme talentueux. C’était, certes, une intuition, mais la jeune femme se trompait rarement lorsqu’elle jugeait un soldat. Elle en côtoyait chaque jour et de toutes sortes depuis sa tendre enfance. Jeune, lorsqu’elle ne se sentait pas encore brimée dans sa liberté, elle passait ses après-midi avec la garde du château à sympathiser avec les archers et les ferrailleurs en évitant soigneusement de croiser Irsan Moldrick, le commandant. Cet homme lui avait toujours donné la frousse et alors que les soldats s’amusaient à la provoquer en duel amical avec des bâtons de bois, lui, la dévisageait toujours avec sévérité et mépris. Il désapprouvait, comme le Général, toute incitation aux armes.

Cet aspect du château ne lui manquait pas. Rien du château ne lui manquait, tout compte fait. Ni les banquets, ni les courtisanes caquetantes. Une pousse de mélancolie la traversa néanmoins mais elle passa aussi vite qu’elle était arrivé. Les sujets d’actualités étaient beaucoup plus intéressants. Elle écouta l’homme d’une oreille attentive.

« Pour y être intéressée, vous devriez être bien plus qu’une simple voyageuse. Ces choses-là ne peuvent qu’attirer des ennuis, des ennuis que je souhaite éviter. Pour vous satisfaire un tant soit peu, je ne sais guère grand-chose à ce sujet de toute manière, sinon ce qui se rapporte ci et là. Une révolution Liare qui se préparerait, pour un objectif inconnu : régime trop autoritaire ? Mauvaise gestion de ressources ? Édit injuste ? Les suppositions sont nombreuses, tout autant que ceux s’amusant à les modifier. Je ne sais rien de plus. Rien de moins. Si vous voulez de plus amples informations rendez-vous sur place, simplement… »

C’est cela. Une petite lippe moqueuse fleurit sur ses lèvres mais elle ne souleva pas. Elle se contenta de fixer un point par-dessus l’épaule de son interlocuteur, un brin songeuse. Peut-être valait-il mieux ne pas en parler en effet, pas sérieusement en tout cas, dans un tel endroit. Si Clara avait l’oreille indiscrète, il n’était pas improbable que d’autres l’aient aussi.

- Se rendre sur place, souffla-t-elle en se redressant sur sa chaise, ça fait un peu loin d’ici. Comme vous l’avez si… brillamment remarqué –elle afficha un sourire goguenard-, je ne suis pas une simple voyageuse, je ne suis pas une voyageuse du tout. Je suppose que c’est aussi votre cas.

Pendant un court instant, elle le fixa intensément. Puis elle se détendit, passa une main sur sa nuque et s’étira brièvement. N’importe quelle position assise l’élançait, autant dans le bas du dos qu’entre les omoplates. Elle était peut-être bonne cavalière, mais pas une cavalière endurcie. Si elle avait su la monte prolongée si pénible…

« Il se fait tard. Voulez-vous poursuivre une conversation plus privée ou bien nous quitterons-nous à présent ? »

La jeune femme approuva son observation d’un hochement de tête. Un coup d’œil en direction de la porte la dissuada de proposer une balade en ville. Les villes ne sont jamais sûre une fois la nuit venue, et encore moins sûre lorsque nos ennemis rôdent. Clara s’imaginait sans peine le dodu bourgeois l’attendant de pied ferme avec cinq acolytes pour pallier à son manque de courage et d’adresse… La fille du Général se retourna vers son interlocuteur et lui envoya un sourire réservé.

- J’ai une chambre, glissa-t-elle, légèrement amusé en voyant passé l’aubergiste. Bien méritée, d’ailleurs.

Sur ce, elle se leva et enjoignit l’homme à la suivre. Le bâtiment montait sur un autre étage, plus calme que la grande salle mais tout de même agité. Derrière l’une des portes, on entendait clairement les ébats d’un couple très peu discret. Légèrement agacée, la jeune femme opta pour la chambre au fond du couloir. Bonne pioche, elle était libre. Juste avant d’entrer, elle attrapa au vol une bonne trottinant avec empressement dans le corridor.

- S’il-vous-plait… vous pourriez nous emmener une de vos meilleures bouteilles de vin ?

La femme rosit en triturant le haut de ses jupes, se dandinant d’un pied à l’autre. D’une voix gauche, elle hésita ;

- Désolé madame mais c’est que nous… du bon vin, nous… ce n’est pas le meilleur mais…
- Alors n’importe quelle bouteille fera l’affaire.

Clara se retourna brièvement vers le grand blond et rattrapa de justesse la bonne par le coude qui repartait déjà sur sa lancée comme un véritable petit lièvre.

- Je voudrais une bassine d’eau chaude aussi.

Son invité avait grand besoin d’un bain et s’il refusait le plaisir d’une trempette en eau bouillante, la jeune femme ne cracherait pas sur cette occasion. La chaleur était le meilleur remède contre les muscles tendus. La servante approuva puis fila jusqu’à l’escalier, presqu’au triple galop cette fois, les sourcils froncés de détermination. La fille du Général referma la porte avec un soupire et s’attaqua sans plus tarder à allumer un feu dans la cheminé. L’air était tiède et acceptable, il s’agissait plus de créer un éclairage efficace que d’une atmosphère chaleureuse. Le dos tourné, concentrée à aligner les bûches sèches, elle parla doucement.

- C’est Clara, en passant.

Son nom de famille avait été omis volontairement, et avec raison.

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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Mer 16 Oct 2013 - 22:22

Il accepta son invitation sans gêne ni arrières pensées et la suivit d’un pas leste vers l’étage supérieur ; à vrai dire, le Récleyé n’avait eu l’envie de se battre pour obtenir une chambre pour la simple raison qu’il y préférait l’air nocturne. Les ténèbres et les silences de la nuit l’apaisaient étrangement plus que le confort d’un lit douillet ou la chaleur d’une amante… L’habitude du mauvais temps des Terres Inexplorées ou bien un mal associé à sa condition de soldat qui sait… Enfin cela ne changeait rien au ait qu’il devenait nécessaire de se débarrasser un peu de ses strates de poussière, de sueur et de boue. De quelle manière ? Il n’y avait encore songé.
L’étage était sombre et sous leurs pieds un vieux parquet grinçait aussi bruyamment que les gémissements explicites provenant d’une des chambres. Chose non étonnante dans une auberge toutefois. D’ailleurs, des esprits tendancieux auraient sans doute pensé que lui et la jeune fille n’allaient pas dans la chambre de cette dernière pour seulement discuter, s’il n’avait pas une allure si déguenillée. Une belle femme comme elle ne pourrait en aucun cas avoir des rapports autres que vénaux avec un sauvageon tel que lui actuellement. Cela lui allait, car Richard voulait avant tout tromper les regards.

Elle échangea quelques mots avec une servante avant d’entrer dans la pièce, ce à quoi Richard ne prêta qu’une attention distraite. Cette dernière était de nouveau empêtrée dans les méandres de ses réflexions éparses… Mais elles se dissipèrent immédiatement lorsqu’il vit la jeune femme le détailler.

« Je voudrais une bassine d’eau chaude aussi. »

Richard se fendit d’un grand sourire franchement amusé alors que les yeux de la servante sautaient de l’un à l’autre, comme pour savoir à qui l’eau serait destinée. Cette petite personne semblait nerveuse et pourtant d’une grande efficacité, toute empêtrée dans un tablier un peu trop large pour elle…

« Une grande, ou deux si possible, rectifia Richard avec impertinence avant de s’adresser à la jeune femme. Je n’aimerai rendre non accueillante votre chambre... »

Ce disant, ils pénétrèrent dans la pièce calme et d’ombres seulement pourvue d’une unique fenêtre donnant sur les écuries, et le marché au loin. Un mobilier très modeste occupait les lieux : un lit assez large et solide pour un homme à la carrure développée, une cheminée de brique encore pleine de cendre, une table de basse et une autre de chevet, trois chaises sommaires en bois… Un peu plus confortable que le strict nécessaire en somme.
Richard observa son hôte s’activer au près de l’âtre avec une moue concentrée qui lui allait assez bien, il fallait l’avouer. Un sourire flotta sur ses lèvres sèches puis il alla en quête d’un siège. Les bras appuyés sur le dossier, le Récleyés faisait face à la jeune femme, et la regardait sans mot dire.

« C’est Clara, en passant, dit-elle d’une voix douce.
- Richard, enchanté, fit-il. Merci d’accepter un vieux vagabond comme moi dans votre chambre. »

Il laissa quelques secondes s’écouler, interrompues par le craquement du bois brûlant, avant de reprendre la parole posément. Ce faisant, Richard sortit de son baluchon un de ses carnets aux pages jaunies par le temps et parcourues d’une écriture filiforme légère, dont il joua d’un doigt distrait.

« Ne vous préoccupez-vous point de ce qui peut être raconté à votre, ou plutôt, à notre sujet ? (Il tourna une page, pensif.) Une jeune femme qui déshonore un noble avant d’aller dans sa chambre accompagné d’un manant crasseux, y prendre un bain… (Il corna le feuillet. Et leva son regard de gris et de bleu mêlés sur elle, sans changer l’inclination de sa tête.) Vous m’êtes bien intrigante, Clara. »

On frappa à la porte. Et deux secondes plus tard, une paire de jambes courtaudes surmontées d’un large bassin d’eau fumante entra en trombe… Avant de disparaitre la minute d’après.

« Hum, drôle de personnage également, songea Richard à voix haute, puis en avisant du regard un paravent, profitez de cette eau si vous le voulez bien. A moins que mon odeur ne vous incombe de trop ? (Il sourit, taquin.) Faites comme bon vous semble en fait… »

Le papier bruissa lorsque le Récleyés tourna une nouvelle page.


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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Jeu 17 Oct 2013 - 0:51

Les lattes de bois couinaient sous le poids de ses pas. La chambre avait des allures de vieille grange avec son fumet de poussière qui flottait dans l’air. Mais après avoir passé une journée à découvert à se battre avec les vents de l’Ouest, quatre murs et une fenêtre close était promesse de repos et de sécurité.

« Une grande, ou deux si possible. Je n’aimerai rendre non accueillante votre chambre... »
- Très aimable à vous, répondit-elle sur le même ton en assemblant le petit bois

Elle dissimula son sourire en prenant un air concentré. Le bout de ses doigts se souilla rapidement de cendre, l’âtre n’ayant pas été ramoné depuis des lustres apparemment. Ailleurs, elle dévoila son nom en s’étirant pour agripper une chandelle de cire. Les fibres sèches des rondins ne mirent pas longtemps à s’imbiber de la chaleur et bientôt, de petites flammes timides léchèrent avidement les pourtours de l’amas de bois. L’homme s’appelait donc Richard. Clara souffla la mèche de la bougie en se redressant.

- J’aurais aimé qu’un vieux vagabond m’invite à me reposer, alors pourquoi pas l’inverse.

Le brasier naissant nimbait la pièce d’une lueur chancelante et tamisée. La jeune femme s’essuya le front du revers de la main, le noircissant de suie. Elle regarda le blond sortir un calepin de son bagage, lui rappelant soudain qu’elle avait laissé tous ces sacs avec sa monture. Elle payait les garçons d’écuries pour mettre ses choses en lieux sûrs et leur promettait le reste de la somme à son retour si tout était en place. Jusqu’à présent, cette stratégie c’était révélée simple et efficace. Clara n’avait pas grands biens à envier de toute façon. Elle voyageait léger et sans objets de grandes valeurs. De nouveau perdue dans ses réflexions, elle frémit lorsque la voix de Richard résonna dans la pièce silencieuse.

« Ne vous préoccupez-vous point de ce qui peut être raconté à votre, ou plutôt, à notre sujet ?  Une jeune femme qui déshonore un noble avant d’aller dans sa chambre accompagné d’un manant crasseux, y prendre un bain… Vous m’êtes bien intrigante, Clara. »

La jeune femme entrouvrit les lèvres mais aucune réponse ne les franchit puisque la porte s’ouvrit dans un grincement épouvantable. Peu après, on déposait une bassine remplis à ras bord d’une eau brûlante et fort attrayante. La fille du Général lorgna la cuve avec envie, résistant à l’envie soudaine de se masser la nuque et tout le dos, si la morphologie de ses bras le lui avait permis.  

«  Profitez de cette eau si vous le voulez bien. A moins que mon odeur ne vous incombe de trop ?  Faites comme bon vous semble en fait… »

Clara s’assit sur l’une des chaises en balayant la remarque de l’homme d’un geste badin de la main. Elle retira ses bottes crottées avec soulagement et haussa les épaules.

- J’ai senti pire, vous savez. Mais c’est votre tour après, je ne vous laisserez pas empester ma chambre, plaisanta-t-elle en se levant

Se faisant, elle glissa un coup d’œil au calepin. La forme d’un alexandrin ne lui échappa pas, tout comme la division des versets. Elle arqua un sourcil sans mot dire et se délesta de sa cape qu’elle laissa choir sur la tête du lit, révélant le poignard maculé de striures azurées contre sa hanche. Elle tira distraitement le paravent devant la bassine, plus pour son hôte que pour elle-même, car la pudeur n’était pas quelque chose qu’elle prêchait tout particulièrement. Elle déboutonna sa chemise de lin, la fit glisser sur ses épaules étroites, puis fit de même pour ses culottes d’équitation et son arme. Le paravent n’étant pas totalement opaque, Clara voyait la silhouette du blond se détacher derrière son fond et elle devina aisément qu’il en était de même de l’autre côté. Tout en se dévêtissent, elle reprit où elle avait été interrompu.

- En ce qui attrait à ma réputation, c’est sans importance. Les gens pensent déjà bien suffisamment de choses ingrates sur ma personne. Même avec une conduite exemplaire, je ne saurais laver tous ces dires à mon propos… les commérages sont mes plus grandes cicatrices, souffla-t-elle en fronçant des sourcils, contrariée

Elle plongea la plante de son pied endolori dans l’eau fumante et soupira. Le bassine était brûlante, mais rien n’aurait rebuté Clara, pas même cette chaleur insoutenable, alors qu’elle n’aspirait qu’à un bon bain. Elle s’assit dans la cuve, sentant sa peau picoter désagréablement sous l’assaut de l’étreinte bouillante. Pas une minute après, ses muscles se déliaient déjà et elle déposa sa tête lourde sur le rebord de la bassine. Laissant le silence s’étirer, elle fixa un moment le plafond noircie par la fumée et ferma les yeux.

- Vous m’êtes bien intriguant également, Richard, lâcha-t-elle finalement. Un bretteur poète ? Voilà quelque chose de bien singulier… mais connaissez-vous autant les auteurs que je les connais ?

Cette dernière question, qui sonnait plus comme une affirmation, avait été laissé en suspens comme on provoque un défi. Clara, hors de ses heures de libertinages dans les montagnes, avait reçu une éducation stricte. Un peuple éduqué est un peuple puissant, voilà l’adage auquel elle croyait fermement. Myriades de tuteurs avaient siégé devant elle, lui enseignants arts, histoires, mathématiques, sciences, langues… et même si la jeune femme avait trouvé, la plus part du temps, ses matières barbantes, elle était maintenant reconnaissante de tout ce savoir. Elle rouvrit les yeux et délia sa coiffure emmêlés en y passant ses doigts.

- Si on aime la littérature, on connait Clovis le Gris, qui a rédigé cette grande utopie sur les peuples du continent. Kégonne, Saloméor, Perceval le Grand Cœur, tous des poètes brillants. Filgriaud, qui a romancé en neuf manuscrits le long récit de Zaraze.

Ce dernier nom, elle l’avait craché comme du venin. Elle se racla la gorge avant de reprendre avec d'autres noms d'auteurs et d'ouvrages, s’enfonçant un peu plus dans l’eau brûlante. L’air au dehors de la bassine semblait désormais glacial. Au final, peut-être Richard ne connaissait-il pas tous ces auteurs car les écrits n’étaient pas quelque chose d’accessible à tous.


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MessageSujet: Re: Flairer les éclaboussures [PV Richard Lëys] Sam 19 Oct 2013 - 18:07

Richard opina distraitement, se plongeant alors dans sa lecture puisque son tour attendrait ; bien que son attention fut un moment détournée vers les quelques bruissements du tissu ôté et de l’eau accueillant un corps. Sans trop l’expliquer, il eut l’envie de jeter le temps d’un battement de cil un regard au-dessus des pages jaunies de son carnet… mais ne le fit pas. Il s’agita un instant sur son siège, mal à l’aise malgré son semblant d’indifférence précédente : jamais au grand jamais le Récleyés n’avait été parfaitement à l’aise avec les femmes. Entre dormir à coté d’un cadavre et dans les bras chauds d’une beauté, il aurait plutôt choisi la première option, plus familière à son quotidien de soldat. Et un mort ne risquait pas de vous planter perversement un poignard dans le dos.

« En ce qui attrait à ma réputation, c’est sans importance, fit lointainement Clara dissimulée derrière le paravent. Les gens pensent déjà bien suffisamment de choses ingrates sur ma personne. Même avec une conduite exemplaire, je ne saurais laver tous ces dires à mon propos… les commérages sont mes plus grandes cicatrices. »

Cette simple phrase piqua la curiosité de Richard -et peut-être un brin de compassion, d’empathie, il ne savait trop- et il leva les yeux vers la silhouette féminine vacillante projetée par les lueurs de l’âtre. Il y avait dans sa voix une émotion qui faisait écho à des souvenirs enfouis, de ceux qu’il avait désiré oublier. Tout cela était vague, juste une suite d’impressions floues… Il fronça les sourcils pour chasser ses pensées et regagner un peu de clarté dans son esprit.
Sa confusion était telle qu’il ne put lui répondre avant que le silence ne se fît trop présent.
Un soupir de soulagement s’éleva entre eux comme les blanches volutes de vapeur d’eau qui gagnaient le plafond ancien tandis que Richard s’efforçait de se replonger dans son poème… Vainement. Agacé par sa propre sensibilité, il laissa son carnet se balancer au bout de son bras, l’autre coincé sous son menton barbu appuyé sur le dossier de la chaise. Son regard égaré se perdait au devant, sur le paravent de toile malheureusement si peu opaque pour le détourner tout à fait de la plaisante distraction que lui offraient les ombres et les lumières.

« Vous m’êtes bien intriguant également, Richard, fit-elle alors. Un bretteur poète ? Voilà quelque chose de bien singulier… mais connaissez-vous autant les auteurs que je les connais ? »

Il se fendit d’un inaudible soupir, soulagé de revenir sur un terrain à la pente moins glissante que celui des demi-mots et des sonorités suggestives.

« Il y a tant de noms, et si peu d’œuvres, répondit-il, la gorge sèche, si doucement qu’elle ne dut l’entendre.
- Si on aime la littérature, on connait Clovis le Gris, qui a rédigé cette grande utopie sur les peuples du continent. Kégonne, Saloméor, Perceval le Grand Cœur… Filgriaud, qui a romancé en neuf manuscrits le long récit de Zaraze…
- Aimer la littérature n’implique pas la connaissance des plus grands, je pense, avança-t-il avec un peu plus d’assurance dans la voix en remarquant le changement de ton de Clara à la fin de sa phrase. Il y aura toujours une personne ignorée ou méconnue… Incomprise. (Il releva son bras qui pendait pour le ramener sous l’autre) Et les ouvrages sont un met rare, Clara… A moins d‘avoir la même patrie, les probabilités que nous connaissions les mêmes auteurs sont bien minces. »

Si cette parole n’avait pas d’utilité à première vue, elle avait une finalité toutefois : la grande possibilité qu’ils fussent natifs de contrées aux relations non amicales était présente. Lui en était évidemment certain, aussi était-ce plutôt pour elle que lui… Admettre ce constat fit naitre un sourd sentiment de regret au fond de Richard mais il n’y succomba pas ; son importance au sein de sa Confrérie impliquait certains renoncements…
Même si l’envie si forte d’ignorer son statut, sa nature profonde pour une unique soirée était néanmoins présente. Que pouvait-il arriver après tout ? En quoi la conversation lettrée d’une femme si intrigante et vivante pourrait lui causer un autre tort que celui de sa propre affliction par la suite ?
Car c’était finalement cela qui l’attirait chez elle : sa vitalité.
Richard avait toujours recherché la compagnie des plus jeunes que lui dans les Terres Inexplorées plutôt que celle morne et presque indifférente des autres… Même son grand ami avait plus l’air d’une âme en quête d’accomplissement qu’un être de chair et de sang.
Mais le reconnaitre lui faisait peur. L’effrayait. Il craignait de faillir à ses promesses, à ses fantômes ainsi.

Un éclat de voix l’arracha à son si risible apitoiement et Richard redevint aussitôt ce qu’il avait l’habitude de laisser paraitre : une personne sûre d’elle et de ses compétences. Il cligna des yeux, le dos droit et la main tendue en direction du pommeau de sa flamberge. On toqua à la porte, avec une insistance qui laissait deviner que ce ne fut pas la première fois que l’on frappait. Sans doute était-ce cela qui l’avait tiré de ses pensées ? Ou peut-être Clara… ?
Il ne le savait pas. Tant pis.

Richard se leva pour aller ouvrir. Mais alors que sa main gauche s’emparait de la poignée, la porte s’ébranla avec fracas jusqu’à voir ses gonds cassés : le Récleyés eut à peine le temps de voir deux visages, à moins que ce ne fut trois, qu’une douloureuse brûlure naquit dans son ventre, juste en dessous de sa cage thoracique.

« CLARA ! » eut-il le temps de crier pour l’avertir.

On le poussa violemment sur le coté. Il percuta le mur avec un grognement étouffé. Une silhouette encapuchonnée vint à sa hauteur tandis que deux autres, armés, allèrent vers le paravent… Son ennemi allait achever son œuvre, cependant les vieux réflexes de Richard lui sauvèrent la vie ; si son cerveau n’avait eu le temps de comprendre la situation, son corps s’était mû tout seul et sa flamberge était prête à parer un premier coup.
La situation devint rapidement chaotique.
Richard repoussait avec difficulté les assauts de son ennemi en pleine possession de ses capacités tandis que lui s’efforçait d’ignorer la douleur et les alarmantes quantités de sang s’écoulant à chaque mouvement, qui faisaient bouger un peu plus la lame dans son corps. Elle était de ce fait coincée entre les mailles de la cotte légère qu’il portait sous sa chemise terne. Au fur et à mesure que les secondes s’écoulaient,  sa vue perdait en précision au point qu’il ne put parer toutes les offensives. De fines entailles fleurissaient sur son visage déjà marqué, ses bras et ses vêtements.

Il était inquiet pour Clara : avait-elle eu le temps de reprendre une arme ? Avait-elle pu réagir ? Mais il se reprit. Se sauver lui, premièrement, et peut-être pourrait-il aller aider la jeune femme ; mort il ne servirait à rien.
Richard dévia la lame ennemie, un simple espadon de mauvaise facture en fer, et en profita pour dégainer son brise-lame. Une rotation, un blocage et l’adversaire était désarmé. Richard, aidé de sa Vérité, le décapita sans plus de sommation de sa flamberge avant de tomber à genoux, épuisé, le souffle haletant, la sueur chassant la poussière de son visage.
Où Clara était-elle… ?
La pièce n’était pourtant pas si grande…
Les secondes passaient et sa vision se réduisait.
Quel idiot avait-il été pour ne pas se méfier avant d’ouvrir cette fichue porte…
Qu’elle s’en sorte vivante, elle au moins, espéra-t-il, au bord de l’inconscience.

HRP:
 


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