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A la croisée des mondes

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MessageSujet: A la croisée des mondes Sam 23 Sep 2017 - 22:41

Première partie : Les raisons du départ

Le 14 Kahl 1248, quelque part dans la Vallée des Ames, au Sud de Mainstock.
 
Tous les Kasharet le sentaient, quelque chose ne tournait pas rond chez Ivinea. Même les petits malins qui profiteraient en temps normal de cette occasion pour insinuer que pas grand-chose ne tournait rond dans la tête de leur chasseresse s’accordaient pour dire qu’elle n’était pas dans son état normal. Cela faisait quelques mois que ça avait commencé, mais la situation ne semblait pas aller en s’arrangeant. La liare, en temps normal digne de son surnom de moulin à parole semblait à présent bien silencieuse, comme plongée dans des pensées qu’aucun liare sain d’esprit ne souhaitait imaginer. De plus en plus elle quittait le campement pour des traques de plusieurs jours, s’isolant dans la Vallée de façon presque suicidaire. Et quand elle restait au camp, elle se contentait de s’allonger près du feu en dessinant des plantes et des animaux de la Vallée sur des parchemins qu’elle avait récupérés lors de son séjour à Mainstock. Non, décidemment, quelque chose semblait avoir changé leur pipelette.
 
De son côté, Ivinea ne se rendait même pas compte que son comportement était si différent ou encore qu’il inquiétait ses proches. Elle était perdue dans ses pensées et dans un combat perdu d’avance contre elle-même. Elle avait toujours eu soif de découvertes. C’est pour cette même raison qu’elle connaissait aussi bien la Vallée des âmes, ses dangers et ses merveilles. Elle y avait grandi, joué et failli mourir plusieurs fois en vingt-deux ans. Et c’est cette même curiosité qui l’avait poussée à des escapades toujours plus longues, jusqu’au glacial Mont Torgern. Une envie de découvrir un autre monde, une autre vie. Et à chaque fois, elle se retrouvait face à son ignorance. Et ça lui faisait mal.
 
Ce n’était pas qu’elle avait envie de savoir. C’est qu’elle avait besoin de savoir. C’en était presque une malédiction. Un vieil ermite lui avait dit un jour que Simius était également la Déesse du savoir, mais que cette facette de l’Enflammée s’était perdue au cours des siècles. Mais alors pourquoi, comment les liares pouvaient-ils vivre satisfaits de leur vie qui toujours se répétait sans plus de changement que les nouvelles de la ville ou des autres clans apportés par les messagers ou les marchands de passage ?
 
La situation avait empiré avec la rencontre d’Ysenbal, puis d’Aaron, cet étrange humain venu se perdre dans le pays des âmes en pleurs. Sa curiosité, son envie d’en apprendre plus n’avait fait que la mettre devant l’évidence. Le monde était bien plus vaste que ce qu’elle pouvait bien imaginer. Beaucoup plus grand que la Vallée, plus grand que l’ensemble des Terres du feu, même. Avec beaucoup d’autre gens, d’autres êtres, d’autres lieux… A quoi songeait-elle alors, pendant ses longues heures durant lesquelles elle regardait la course du soleil ?
 
Elle tentait d’imaginer le monde avec les quelques bribes d’information qu’elle obtenait des rares étrangers qui passaient dans le camp. Mais ce n’était pas suffisant. Une partie d’elle lui criait de prendre ses affaires et de partir voir d’elle-même.  Et l’autre fronçait les sourcils et lui énumérait les raisons pour lesquelles elle devait rester au Clan, dans la Vallée des âmes.
 
Tu es la meilleure chasseresse du Clan ! Oui, mais pas la seule. Les Kasharet se débrouillaient bien avant que je ne prenne cette place, ils y arriveront sans moi.
Le Clan doit se défendre contre les attaques des gardes royaux ! Tu les as vu se rassembler à Mainstock. Si tu t’en vas, il y aura un adulte de moins pour protéger les petits et les anciens ! Je suis chasseresse, pas guerrière… Ça ne changera pas grand-chose, si ?
Si tu veux apprendre, tant mieux, mais il reste encore plein de choses à découvrir en Terres liares ! Pourquoi aller plus loin ? Parce que j’ai déjà fait des voyages là-bas, et parce que les citadins sont des abrutis. En même temps, quand on voit comment ils vivent, on comprend qu’ils n’envisagent même pas de quitter leurs remparts douillets. Bande de bras cassés.
Tu ne connais déjà pas grand-chose aux Terres de Feu, mais encore, tu as tout ce qu’il te faut. Tu penses que c’est si facile de vivre en Terres humaines ? Je… je ne sais pas. Ça ne doit pas être si compliqué, si ? Ysenbal ne semblait pas dire que c’était atroce. Sauf que Ysenbal n’était pas un liare normal, tu le sais, non ?
Et tu crois qu’ils t’accepteront si facilement ? Tu as bien entendu toutes ces histoires… Ils pensent que les Liares sont des démons. C’est stupide, Ysenbal disait qu’ils se débrouillent très bien pour s’entretuer tous seuls. Ils n’ont pas besoin de nous pour ça !
 
Et ça continuait comme ça, en boucle, pendant des heures et des heures. Alors elle partait chasser, seule activité qui réussissait encore à lui vider l’esprit. Et lorsqu’elle ne chassait pas, elle observait la vie de la Vallée. En hiver, le climat se faisait légèrement moins sec et donc plus clément. Elle pouvait observer les carnivores chasser leur proie favorite, avant d’expliquer à leurs petits comment dépecer correctement la carcasse. Eux au moins ne se posaient pas autant de questions. Quoique, peut-être se perdaient-ils en discussions sur comment manger de la meilleure façon leur récente victime ? Valait-il mieux commencer par les yeux ? Par les entrailles ? Par un bon morceau de jarret ? Ou valait-il mieux attendre que celui-ci faisande un peu et se détende, au risque de le perdre à un concurrent plus puissant ?
 
Arriva le jour du choix. Ou était-ce réellement un choix ? N’avait-elle pas été poussée par les évènements ? Laissez-moi vous les conter pour que vous puissiez en juger…
Ce jour-là, Ivinea s’était une fois de plus isolée du reste du Clan pour se plonger dans des réflexions sans fin. Elle avait conscience de tourner en rond comme un Tanflamm en cage (que celui qui a osé enfermer un si bel animal se dénonce !). Une partie d’elle sentait que son destin n’était pas ici, pas uniquement en tout cas. Et une petite voix lui susurrait que ce n’était pas le Clan son problème. Elle avait juste peur de quitter tout ce qu’elle connaissait pour se lancer dans le grand inconnu. Et elle refusait de l’admettre.
 
Elle était partie depuis plusieurs jours déjà, ayant suivi les traces du grand félin sur plusieurs kilomètres avant de se rendre à l’évidence. Le Tanflamm savait qu’il était suivi et se moquait de sa poire. Elle avait fini par abandonner la traque. A quoi bon ? Ce n’était pas ça qui allait lui remplir l’estomac. Elle avait pris le chemin du retour avec l’intention d’abattre des proies sur le chemin, pour justifier sa longue absence.
 
En arrivant au Camp, elle marqua une pause. Parce qu’il n’y avait plus de Camp. Plus aucune tente couleur roche formant des petites bosses au milieu de la plaine, plus aucune odeur de feu ou de viande grillée, plus aucun rire d’enfant. Plus rien. Elle ne comprenait pas, elle était certaine qu’ils étaient bien installés là lorsqu’elle était partie ! Elle n’aurait jamais confondu avec un ancien lieu de camp ??! Il fallait qu’elle en ait le cœur net ! Balançant les volailles qu’elle avait abattu en bandoulière, elle dévala les pentes rocailleuses rapidement en soulevant un petit nuage de poussière. Tant pis pour la discrétion, presque personne ne passait par ici !
 
De nombreuses marques au sol lui confirmèrent qu’elle n’était pas folle. Ses compagnons étaient là il y a encore peu de temps. Pour quelle raison seraient-ils partis sans elle ? Les cendres étaient froides, ils avaient levé le camp plus d’une journée plus tôt. Quelques objets abandonnés çà et là ainsi que le nombre de traces laissées lui indiquait qu’ils étaient partis dans la précipitation. Mais que s’était-il passé ? Elle ne voyait aucune trace de combat…
 
Elle commença à fureter autour du lieu à la recherche d’autres indices, mais surtout pour trouver la piste qu’ils avaient empruntés lors de leur départ. Ils avaient pour habitude de laisser le moins de traces possibles, mais vu l’état du lieu de camp, Ivinea était persuadée qu’elle trouverait de quoi se diriger. Et effectivement, déplacer une quarantaine de personnes dans la précipitation ne passait pas inaperçu, même dans ce désert de rocailles. Elle partit donc à la recherche des siens.
 
Elle mis quelques temps à comprendre que quelque chose clochait. Oh, rien à voir avec les indices qu’elle retrouvait toujours à intervalles réguliers, presque comme si les Kasharets les avaient laissés là à son intention en partant. Ce qui était possiblement le cas. Non, elle se sentait suivie, épiée. Elle n’aurait su dire ce qui lui donnait cette impression, mais toute une vie passée dans la Vallée avait affuté son intuition. Dans un premier temps elle soupçonna un prédateur ou un charognard qui aurait suivi l’odeur des volailles qu’elle portait toujours en bandoulière. Puis elle se ravisa quand un éclat de métal révéla la position de son poursuivant.
 
Qui qu’il soit, il la suivait depuis longtemps déjà. Elle continua à avancer en se demandant ce qui pouvait motiver cette traque. S’il voulait sa peau, il aurait pu l’attaquer bien avant, quel intérêt de se fatiguer à la suivre ? La timidité ? Sans doute pas. L’autre possibilité était que son poursuivant cherchait autre chose et qu’elle n’était qu’un moyen d’atteindre son but. Etait-il à la recherche de son Clan ? Etait-ce là la raison pour laquelle ils avaient fui sans l’attendre ?
 
Dans ce cas, il fallait qu’elle agisse avec prudence. Etudiant le paysage, elle détermina sa position. Elle connaissait bien la région, à force de l’écumer de long en large. Insensiblement, elle arrêta de suivre la trace de ses frères pour infléchir son trajet. Son objectif avait changé. Qu’il continue à la suivre sans se rendre compte qu’elle en était consciente.

Ses pas la menèrent aux abord du nid d’un Aeroka. L’oiseau enflammé semblait absent, et les petits avaient quitté leur mère depuis bien longtemps, mais elle savait d’expérience qu’il valait mieux ne pas s’approcher. Elle traversa une zone dégagée, restant à distance du nid et détecta une nouvelle fois un éclat de métal. Son poursuivant l’avait suivie, parfait. Elle fit mine de vouloir s’arrêter et de monter un bivouac temporaire. A présent, s’il voulait continuer sans se faire repérer, il devrait passer près du nid. Très près du nid. Dont avec un peu de chances, il ignorait l’existence.

Elle attendit quelques temps, attentive aux moindres sons. Pas moyen de savoir si sa proie avait atteint l’endroit souhaité. Il ne fallait pas qu’il remarque le nid trop tôt. Lorsqu’elle entendit le souffle caractéristiques des ailes d’Areoka, elle bondit et se mit à courir pour ne pas rester à découvert. Il ne lui fallut pas plus d’une minute pour trouver une crevasse qui pourrait l’accueillir. Son poursuivant vit le danger trop tard, n’avait pas d’endroit propice pour se cacher ou vit le danger trop tard. Les cris qu’il poussa lui glaçèrent le sang. Elle ne savait pas qui il avait été, mais il avait joué de malchance ce jour-là. Elle n’avait pas particulièrement souhaité sa mort et se sentait un peu coupable.

Lorsque l’Areoka s’envola à nouveau, une curiosité malsaine la poussa à cherche le corps. Ou ce qu’il en resterait. Une part d’elle-même espérait qu’elle ne trouverait rien. Ce qu’elle découvrit fut au-delà de toute attente. Elle n’avait pas eu un seul poursuivant, mais trois. Elle en identifia un immédiatement à ses habits, la chair étant atrocement mutilée. Il s’agissait de Naïlo, son ami d’enfance, un Kasharet. Le choc lui donna la nausée, qui ne se trouvait que renforcée par le mélange d’odeur de sang et de brûlé. Qu’est-ce qu’il avait bien pu faire là ? Les deux autres liares lui étaient inconnus, mais elle pu reconnaître du matériel de l’armée. Avait-il trahi ? Avait-il été capturé ? Tant de questions se bousculaient dans sa tête, restant sans réponses.

Elle partit du lieu en courant, mais la vision semblée gravée dans ses rétines. Au bout de quelques dizaines de mètres, elle posa le contenu de son estomac sans aucune dignité, les yeux remplis de larmes. L’un des siens était mort, par sa faute. Et elle ne comprenait pas pourquoi. Aucune pensée rationnelle à se moment là n’aurait pu franchir la brume de confusion qui emplissait son esprit. C’est dans un état second qu’elle continua son chemin. La seule pensée hantant son esprit étant qu’elle ne pouvait pas rentrer. Pas après ça. Ils lui poseraient des questions. Que répondrait-elle alors ?

Elle trouva une réponse lorsqu’à travers le brouillard de ses larmes, elle vit se dresser devant elle les Montagnes de Saphir, marquant la démarcation avec les terres humaines. Non, elle ne rentrerait pas. Elle partirait. Et ne reviendrait que la tête haute.

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MessageSujet: Re: A la croisée des mondes Sam 23 Sep 2017 - 23:40



Première partie : A l'aube d'un pèlerinnage
Le 6 Virgonès 1248, entre le Lac sans peur et les Montagnes de Saphir.

Le lac, l’ermite et sa drôle de maison bancale sont hors de vue désormais. Voilà presque deux jours que je me dirige en direction des montagnes, alternant la course de mon lion et la marche à pied, autant pour me dégourdir les jambes que pour économiser ma Vérité. Je jette un coup d'oeil en direction des montagnes. Elles sont encore loin de moi mais je sens mon coeur bondir en les regardant. Elles sont si proches ! Si impressionnante pour quelqu’un comme moi que n’en avait même pas vu dans les livres. Les héléos ne parlent que peu des Terres Humaines et encore moins des terres du Nord. Mon père m’avait conté combien elles étaient belles, majestueuses et de nombreux croquis avaient accompagné ses récits chevaleresques mais j’étais loin de me douter que ce spectacle serait si grandiose. Les sommets enneigés semblent dominer le monde tout entier, s’appropriant l’horizon tant et si bien que l’on pourrait presque oublier que le reste de l’univers existe encore. Leur couleur immaculée me rappelle la banquise de mon pays natal, m'emplissant de nostalgie. Un vent froid descend des hauts monts, caressant ma peau. Le froid est revigorant et je ferme alors les yeux, confiant ma vie à mon lion de glace, pour profiter de cet instant. Dans ce climat, je vais pouvoir accélérer l'allure, la fraîcheur me permettant de puiser plus loin dans ma Vérité sans dépenser plus d'énergie. Bientôt, je serai au pied des pics. Je rouvre les yeux quelques secondes plus tard pour admirer les montagnes de Saphir, puisque c'est ainsi qu'on les appelle. C'est d'ailleurs d'ici que vient Vomito il me semble. Cela me fait étrange de me retrouver dans son pays, sans lui, qui ne doit pas être loin du mien.

De lourds nuages se sont accumulés dans les hauteurs, visiblement retenus par les pitons rocheux. Le plafond qu'ils forment ainsi est presque effrayant, annonçant un orage qui sera probablement impressionnant. Je ne sens pas encore l'atmosphère s'alourdir, à l'endroit où je me trouve, mais cela ne saurait tarder. Je me demande s'il pleuvra ou si la neige viendra renouveler le manteau des sommets. Un grand vent se lève, soufflant au loin dans les vaux avant de me rejoindre, encore fort bien que grandement atténué par son passage sur la plaine qui me sépare des reliefs rocheux. Je regarde autour de moi avant contempler à nouveau les nuages, essayant d'estimer ma vitesse ainsi que la distance qui me sépare des amas noirs mais je crois que je devrais échapper à l’averse. Cela explosera avant que j'ai rejoint les chemins grimpant le long des flancs.

Tandis que ma créature de glace continue de courir, mes pensées se tournent vers ma visite au lac. Savoir comment ce vieil alchimiste arrive à survivre dans un lieu si isolé de tout ne m'intéresse pas. Non, mon esprit est à ce qui s'est passé au fond du lac, à ce que ces gemmes m'ont montré. J'avais entendu parler de certaines pierres nous montrant nos peurs les plus profondes, les plus ancrées, refoulées loin à l'intérieur de notre inconscient, bien à l'abri afin que nous n'ayons jamais à les affronter tant nous les redoutons. Était ce ces cailloux là ? Ai je eu l'honneur - ou le malheur - de pouvoir assister au spectacle de mes plus grandes peurs ?

La première pierre m’avait enterré vivante dans une grotte noire, entièrement noire, où j’étais complètement seule. Qu’est ce que cela signifie ? Que j’ai peur de mourir seule et oubliée de tous ? Suis je à ce point terrorisée à l’idée que l’on ne s’intéresse pas à moi ? Que je ne compte pour personne ? Ou est ce une façon de me signifier que je ne souhaite pas mourir dans l’anonymat ? Que je voudrais être connue ? Je frissonne, cette pensée entrainant un écho étrange chez moi. Pourquoi la Guilde des Ombres si ce n’est plus la richesse ? Et pour la célébrité ? Pourquoi aider les gens si ce n’est pour gagner leur soutien et leur amitié en plus de leur argent ? Je secoue la tête. Je refuse de me voir ainsi ambitieuse, rongée par la peur de n’être personne.

Que m’avait montré la seconde pierre ? Je soupire en m’en rappelant. Je crois bien que la deuxième vision avait été bien plus terrible encore que la première. J’étais de retour sur ma banquise natale, au fin fond des Mers de Glace. Ma famille était là, ainsi que des amis proches, comme les Talelviëns. Ils m’avaient rejetée, mise à l’écart, déshéritée, reniée. J’avais si soudainement été abandonnée par ceux qui représentaient tout pour moi ! Mais leurs paroles résonnent encore à mes oreilles. Leurs reproches, leurs arguments … « Un héléo vit dans l’océan, pas avec les humains. » Mais je suis revenue dans les Mers du Sud … Je me suis battue avec les miens ! Et contre Losk’Otha lui même pour défendre notre mer et notre liberté ! Mais pourquoi suis je en train d’essayer de me justifier ? Ce n’était qu’un songe, qu’un mirage, qu’une vision. Non ? Un nouveau soupir m’échappe, je sais qu’il s’agit de bien plus que cela. Mais je n’ai jamais adhérer à certains aspects de la vie de mon propre peuple, je dois le reconnaitre. Je n’ai jamais considérer Eliosa comme notre mère. Elle n’est pas notre créatrice, elle nous a récupérer, créatures sans défense abandonnées par Mère Nature, afin de nous façonner à son image. Et puis, Déesse de l’Eau, ses sbires ne sont ils pas plutôt les royalistes vivant aux alentours d’Hélia ou de Jioki ? Les héléos de glace ne s’appellent pas comme ça pour rien, non ? Mais c’est vrai, j’ai choisi de prier Worgen, Dieu de l’Hiver et des Montagnes. D’ailleurs, maintenant que j’arrive dans son territoire, peut être pourrais je y trouver un autel pour prier ? Cela serait bien la première fois de ma vie que je ferai cela mais, aujourd’hui, je suis en quête de réponses. De vérité, loin de la protection de mon subconscient.

Je fixe les montagnes avec une intensité nouvelle. J’ai besoin de ces réponses, besoin de parler à ce Dieu qui a conditionné toute mon existence. Existe t il réellement ? Comment savoir ? Me répondra t il ? Et si son signe n’était rien d’autre que du vent ou de la neige, comme savoir ? Comment savoir s’il s’agit de lui, de la nature et même d’ailleurs si l’un peut être indépendant de l’autre ? Est ce cela la foi ? De voir une réponse là où d’autres n’y verrait rien ? Je demande au lion de glace de ralentir l’allure afin que je puisse fouiller dans mon Sac sans Fond. Et puis cela me permettra de récupérer un peu, le garder vivant à cette allure pompe mes forces à une vitesse surprenante malgré la température jouant en ma faveur. Je sors ma carte et la déplie, observant les dessins des monts. Férésis semble être la seule ville digne de ce nom. Et si je tentais de m’orienter dans cette direction ? Après tout, il me faudra du monde afin de trouver l’autel que je cherche. Je ne sais pas lire dans les étoiles mais je crois qu’il va falloir que je me dirige plus vers l’Est. Peut être que le sort jouera en ma faveur et que je pourrais croiser quelques personnes pour m’indiquer mon chemin ?

J’étais partie découvrir le monde afin de m’éloigner encore un peu plus de ce peuple dont je n’appréciais plus l’esprit trop étroit mais il semblerait que je sois désormais à l’aube d’un long pèlerinage. Qui sait où cela pourrait bien me mener ? Une partie de moi même appréhende tandis que l’autre jubile. Peut être découvrirais je quelque chose qui changera ma vie ?


MAITRE DES OMBRES


Elle n'a qu'un désir, la marâtre immortelle | C'est d'enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encore | Mère avide, elle a pris l'éternité pour elle | Et vous laisse la mort. | ©️ FRIMELDA




Dernière édition par Winter C. Eliwën le Dim 25 Fév 2018 - 14:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A la croisée des mondes Sam 30 Sep 2017 - 16:19


Deuxième partie : A travers l’inconnu

Elle le savait, elle ne pouvait pas partir sans un minimum de préparation. Les conditions montagneuses seraient rudes et finalement, elle avait quand même du mal à imaginer ce qui pourrait bien l’attendre dans les Terres humaines. Oh, elle s’adapterait bien sûr, surtout que ses provisions ne tiendrait pas si longtemps. Mais en attendant il valait mieux parer aux éventualités.

Lorsqu’elle eu un peu retrouvé son calme, elle décida d’installer son camp en tendant une toile entre deux rochers judicieusement choisies et en allumant un feu devant l’entrée. Avec ravissement, elle vit les branchages s’enflammer dès que sa main rougeoya à leur proximité. Elle avait bien compris la leçon : lorsqu’elle activait sa Vérité, tout ce qui rentrait en contact avec elle prenait feu. Elle avait donc choisi de s’entrainer, presque en secret, jusqu’à maîtriser la zone couverte par le magma. Elle avait également découvert ses limites et s’appliquait actuellement à les repousser. Mais c’était à chaque fois un travail épuisant qui la laissait à moitié inconsciente.

Mais le jour n’était pas au travail de la Vérité. Elle devait faire l’inventaire de ce dont elle aurait sans doute besoin dans les prochaines semaines. Déjà, les armes : ses précieuses griffes ne la quittaient jamais, tout comme sa petite arbalète, fidèle compagne de chasse. Restait le problème des carreaux. Il ne lui restait plus que cinq pointes en bon état. Il faudrait qu’elle les économise, pas sûr qu’elle ait le temps de chercher et de tailler des silex en chemin. Pour ce qui était des empennes par contre, elle avait largement de quoi les changer.

Les provisions ensuite : elle rentrait tout juste de la chasse avec trois volailles d’une taille respectable. Il faudrait qu’elle les prépare ce soir pour que la viande se conserve. En absence de nourriture supplémentaire, elle tiendrait six jours, peut être dix en se rationnant. Elle devra chasser dans les montagnes. Sans parler des terres humaines…

De quoi voyager facilement enfin : c’était là que le bilan était le plus mitigé. Elle avait des affaires légères puisqu’elle revenait d’une traque de plusieurs jours, mais rien de très solide ou chaud. Ses affaires de voyages étaient au Camp… A cette pensée elle sentit une boule se former dans sa gorge. Le Camp. Elle n’y retournerait pas. Elle avait perdu son chez elle.

En temps que nomade, elle avait toujours pensé que la Vallée toute entière était sa maison. Elle se rendait à présent compte qu’elle s’était voilé la face. Sa maison n’était pas un endroit, mais des personnes. Ses frères et sœurs des Kasharets, les anciens, … Les reverrait-elle un jour ? En avait-elle seulement le droit après ce qui était arrivé à Nailo ? Ils lui en voudrait au moins autant qu’elle s’en voulait elle-même…

Les larmes roulaient sur ses joues tandis qu’elle préparait la cuisson des volailles. Elle avait l’intention d’en fumer au moins deux dans la nuit. Mais ses mouvements étaient lents et imprécis. Après un temps bien trop long, elle se roula en boule dans son abri et se laissa aller au sanglots.

Le soleil arriva en apportant avec lui un jour nouveau. Ivinea aurait aimé pouvoir dire qu’elle se sentait en pleine forme et prête à se lancer dans « la grande traversée » mais ça aurait été mentir. Ses yeux étaient gonflés et son ventre criait famine. Elle avala lentement des morceaux de viande mais n’y trouva aucun plaisir ni réconfort. Elle démonta assez rapidement le camp et pris la direction du Sud, vers les montagnes, vers son avenir.

****************************

Fin du mois de Kahl, dans les Montagnes de Saphir

Le vent sifflait à ses oreilles et fouettait son visage de petits cristaux de glace. Le temps était exécrable mais Ivinea avait retrouvé sa bonne humeur. En quelques jours, elle avait pu faire du tri dans ses pensées et atteindre une sorte de paix avec elle-même. Ce voyage vers l’inconnu l’avait réconciliée avec ses valeurs et lui permettait de ressentir la liberté dans sa plus simple expression. Elle n’avait plus de devoirs envers quiconque hormis sa propre personne. Elle était toujours désolée des évènements qui l’avaient obligée à faire son choix mais ne regrettait nullement sa décision.

Les journées dans les montagnes étaient épuisantes. Elle marchait la plupart du temps, utilisant sa Vérité presque en permanence pour ne pas se refroidir malgré des vêtements un peu légers pour un hiver à une telle altitude. Elle utilisait sa couverture comme cape mais n’aurait pas dit non à une petite fourrure. Malheureusement, elle n’avait eu ni l’occasion, ni le temps de tanner la peau d’un habitant des montagnes. Ajoutez à ça le fait qu’elle doive rester attentive chaque seconde au cas où une proie ou une patrouille liare croiserait son chemin, elle dormait comme une masse toutes les nuits. Ce n’était pas très prudent, mais elle n’avait pas le choix. Elle se creusait des abris dans la poudreuse en priant Wergon de ne pas l’ensevelir dans son sommeil.

Mais chaque jour elle avançait un peu plus au Sud, se rapprochant à chaque pas des Terres humaines. Dans le calme des montagnes, elle imaginait ce que serait sa vie une fois là-bas. Elle doutait qu’elle ressemblerait à celle d’Ysenbal : rester en ville l’agacerait bien trop vite. Elle voulait tout voir, tout apprendre, tout découvrir. Elle voulait aller là où même les humains n’étaient jamais allés.

Malgré les conditions difficiles, sa traversée des montagnes fut merveilleuse et riche en moments forts. En dehors des paysages magnifiques et inhabituels pour une liare habituée aux plaines rocailleuses, elle pu observer à loisir la vie hivernale autour d’elle. Elle croisa ainsi un groupe de Baan‘shis et nota avec ravissement la manière dont les adultes éduquaient avec gentillesse mais fermeté les plus jeunes. Le spectacle était saisissant car ces créatures aux allures de petits dragons n’étaient pas réputées pour leur sociabilité. A se demander si les gens prenaient réellement le temps d’observer le monde autour d’eux ou se contentaient de juger les choses sur les apparences et les rumeurs.

****************************

Le 8 Virgonès, région de Férésis

Quelque chose avait changé dans l’atmosphère, qui s’était faite plus humide. Depuis quelques temps, Ivinea descendait plus qu’elle ne montait. Lorsqu’elle croisa les premières traces de civilisation, que ce soit sous la forme de cabanes de bergers, de lieux de camp depuis longtemps abandonnés ou même de sentiers, elle sentit son pouls s’accélérer. Elle touchait au but. Elle n’avait encore croisé personne mais se doutait que ça ne ce ne serait plus qu’une question de jours.

Elle monta en haut d’un promontoire pour profiter une dernière fois du paysage. Le temps clément lui offrait une vue dégagée sur la vallée devant elle. Un grand sourire étira les lèvres gercées par le froid de la liare, qui saignèrent. Qu’importe. Devant elle se dressait une ville, immense. Cherchant dans ses souvenirs, elle en déduit qu’il s’agissait de Férésis, capitale de l’une des confréries humaines. Abandonnant l’espace d’un instant le silence qui l’avait accompagné pendant tout son trajet, elle hurla sa joie aux montagnes qui, presque empathiques, ne firent que réverbérer son écho.

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